Egypte: Etats-Unis et UE redoublent d'efforts diplomatiques

6 août 2013 à 14h17 par La rédaction

Le Caire (AFP)

La communauté internationale, Etats-Unis et Union européenne en tête, intensifiait mardi ses efforts en Egypte pour éviter la confrontation entre forces de l'ordre et manifestants partisans du président islamiste Mohamed Morsi, destitué et arrêté par l'armée il y a un mois.

Des milliers d'entre eux campent depuis plus d'un mois sur deux places du Caire pour dénoncer le "coup d'Etat militaire" et réclamer le retour du premier chef de l'Etat égyptien élu démocratiquement.Mais depuis une semaine, le gouvernement intérimaire mis en place par l'armée menace de les disperser par la force.

Plus de 250 personnes ont été tuées -essentiellement des manifestants- depuis plus d'un mois dans des affrontements entre pro et anti-Morsi et entre forces de l'ordre et anti-Morsi.Et la communauté internationale redoute qu'une tentative de dispersion ne tourne au bain de sang, les pro-Morsi s'étant barricadés avec femmes et enfants sur les deux places Rabaa al-Adawiya et Nahda.

Des ministres européens et américains, mais aussi africains et arabes, se relayent depuis une semaine au Caire pour tenter à la fois de prôner la retenue en cas d'intervention de la police et de convaincre les Frères musulmans, l'influente confrérie islamiste de M. Morsi, de se disperser et de participer aux élections que promet le pouvoir intérimaire pour début 2014.

Leurs efforts ont été vains jusqu'alors pour trouver un terrain d'entente, ils ont seulement retardé l'échéance de l'intervention de force, quasi-inéluctable selon les observateurs pour qui elle ne devrait toutefois pas avoir lieu avant la fête du Fitr, marquant la fin du ramadan, dont les célébrations s'achèveront dimanche.

Les influents sénateurs américains John McCain et Lindsey Graham ont entamé des entretiens au Caire, notamment avec le général Abdel Fattah al-Sissi, chef de l'armée, ministre de la Défense et véritable homme fort du pays.

Ballet diplomatique ininterrompu

De leur côté, six parlementaires britanniques ont rencontré le ministre des Affaires étrangères Nabil Fahmy qui leur a assuré que les nouvelles autorités travaillaient à la réconciliation nationale dans le pays profondément clivé entre pro et anti-Morsi.

Le secrétaire d'Etat américain adjoint William Burns, qui multiplie les entrevues avec les deux parties depuis trois jours, a prolongé son séjour au Caire -sans dire jusqu'à quand-, tout comme l'émissaire de l'Union européenne Bernardino Leon.

En compagnie des chefs de la diplomatie du Qatar et des Emirats arabes unis, les deux hommes ont rendu visite lundi à Khairat al-Shater, le numéro 2 des Frères musulmans.Il a été emprisonné par l'armée tout comme M. Morsi et les principaux leaders de la confrérie.Six seront jugés à partir du 25 août, notamment pour "incitation au meurtre".

Mardi, l'assistant de M. Morsi, Ahmed Abdel-Aati, et son conseiller en sécurité Ayman Hodhod ont également été emprisonnés.

Impasse politique

Selon les Frères musulmans, M. Shater a refusé de discuter, demandant aux émissaires étrangers de s'adresser à M. Morsi.

M. Burns a également rencontré le général Sissi.Ce weekend, ce dernier tout en assurant qu'il ne voulait pas "verser le sang d'un seul Egyptien", avait expliqué sans équivoque que la police, mais "pas l'armée", délogerait de force les manifestants en cas d'impasse.

Les Etats-Unis, principal bailleur de fonds de l'Egypte avec 1,5 milliard de dollars annuels, dont 1,3 pour la seule armée, semblent embarrassés par la situation de leur principal allié arabe dans la région.Le secrétaire d'Etat John Kerry a estimé il y a quelques jours que l'armée avait renversé Morsi, dont des millions de manifestants réclamaient le départ, pour "rétablir la démocratie".

Les manifestants lui reprochaient d'avoir accaparé le pouvoirs au seul profit des Frères musulmans et d'avoir achevé de ruiner une économie déjà exsangue.

L'impasse semble totale et la crise paralyse toute initiative politique."Nous nous focalisons sur la place Rabaa et nous ne pouvons même pas nous concentrer sur la préparation du processus électoral", s'est ainsi plaint lundi à l'AFP un haut responsable du gouvernement.

"Ne comptez pas sur une dispersion des sit-in par la force pour vous faire passer pour les victimes, cela ne ferait qu'accroître la colère du peuple à votre égard", a déclaré mardi le vice-président par intérim et prix Nobel de la Paix Mohamed  ElBaradei à l'adresse de la confrérie, tout en demandant aux médias égyptiens de "cesser de diaboliser" les pro-Morsi.

La presse, quasi-unanime, relaie quotidiennement les propos des autorités traitant de "terroristes" les leaders des Frères musulmans et, à l'unisson du gouvernement, les accuse d'utiliser les manifestants -dont des enfants comme "boucliers humains"- pour en faire des "martyrs".