Egypte: la contestation s'amplifie, couvre-feu décrété, les Etats-Unis haussent le ton

Par La rédaction

LE CAIRE (AFP)

Le régime de Hosni Moubarak, contesté par des centaines de milliers de manifestants vendredi, a fait appel à l'armée et décrété le couvre-feu dans plusieurs villes d'Egypte dont le Caire pour faire face à un mouvement de contestation qui ne cesse de s'amplifier. 

Réagissant à cette situation, la chef de la diplomatie américaine, Hillary Clinton, a haussé le ton vendredi contre le gouvernement égyptien, l'invitant à "faire tout ce qui est en son pouvoir pour réfréner les forces de l'ordre" .

Les autorités doivent "permettre les manifestations pacifiques et mettre fin aux mesures sans précédent qu'elles ont prises pour bloquer les communications", a-t-elle poursuivi. "En tant que partenaires, nous croyons fermement que le gouvernement égyptien doit dialoguer immédiatement avec le peuple égyptien pour mettre en oeuvre les réformes économiques, politiques et sociales nécessaires".

M. Moubarak, dont les manifestants réclament le départ après 29 ans au pouvoir, a demandé à l'armée, épine dorsale de son régime, de faire respecter la sécurité avec la police qui a semblé débordée par la mobilisation populaire sans précédent qui a fait huit morts depuis mardi.

Le couvre-feu a été décrété au Caire, à Alexandrie (nord) et à Suez (est) à partir de ce jour de 16H00 à 05H00 GMT, et ce jusqu'à nouvel ordre, conformément à un décret présidentiel.

Les Etats-Unis, alliés de M. Moubarak, ont jugé la situation "profondément inquiétante", appelant à "respecter les droits fondamentaux, éviter la violence, et permettre les communications".

 Au quatrième jour des plus importantes protestations depuis l'arrivée au pouvoir de M. Moubarak en 1981, les policiers ont tiré des gaz lacrymogènes, des balles caoutchoutées en l'air et des canons à eau pour disperser les manifestants.

Dès la fin des prières musulmanes, les protestataires sont descendus dans la rue pour ce "vendredi de la colère", à l'appel du Mouvement du 6 avril, un groupe de jeunes pro-démocratie qui s'est inspiré de la "révolution du jasmin" ayant chassé le président Zine El Abidine Ben Ali de Tunisie.

Un manifestant a été tué d'une balle lors d'accrochages avec la police à Suez, portant à huit le nombre de morts -2 policiers et 6 manifestants depuis le début du mouvement.Des dizaines de personnes ont été blessées et un millier arrêtées.

Aux cris d'"A bas Hosni Moubarak" et "le peuple veut la chute du régime", les manifestations se sont étendues à tout le Caire, une métropole de 20 millions d'habitants, et on gagné les principales villes du pays, selon des journalistes de l'AFP sur place.

 L'opposant le plus en vue, Mohamed ElBaradei l'ex-chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) qui s'est dit prêt à mener une transition au pouvoir après un éventuel départ de M. Moubarak, et les Frères musulmans (opposition), ont participé aux manifestations.

"Liberté!liberté!liberté", ont scandé les manifestants sous les regards ahuris de policiers déployés avec boucliers et casques à visière, près de la célèbre mosquée al-Azhar.Les protestataires ont mis le feu à deux commissariats.

"Moubarak est un dictateur, nous voulons sa chute.Ce n'est plus le temps des réformes.Les gens en ont marre.La situation économique devient intenable", souffle Ahmed, un manifestant.

Plus au nord, à Alexandrie, deuxième ville d'Egypte, la police a tiré des gaz lacrymogènes et des balles caoutchoutées pour disperser des milliers de manifestants qui ont incendié le siège du gouvernorat.

 A Mansoura, dans le delta du Nil, certains imams ont appelé à "sortir et demander le changement".Des affiches du parti au pouvoir ont été arrachées et des bâtiments officiels attaqués et endommagés.

Entretemps, l'internet et les services de téléphonie mobile, qui ont joué un rôle-clé dans la mobilisation populaire, étaient coupés dans le pays.Une première par son ampleur pour l'internet, selon des experts.

Face à l'escalade, le chef de la commission parlementaire des Affaires étrangères et membre du parti de M. Moubarak, Moustapha al-Fekki, a appelé à "des réformes sans précédent" pour éviter une "révolution".

M. Moubarak, 82 ans, qui s'est appuyé pendant près de 30 ans sur un redoutable appareil policier et un système dominé par un parti qui lui est entièrement dévoué, s'est illustré par son silence depuis le début de la contestation.

Les manifestants réclament de meilleures conditions de vie dans un pays où l'état d'urgence est imposé depuis près de 30 ans et où plus des 40% des 80 millions d'habitants vivent avec moins de 2 dollars par jour et par personne.Ils veulent aussi le départ du ministre de l'Intérieur, Habib el-Adli.

Conséquence des troubles, les matchs du championnat de football prévus vendredi et samedi ont été reportés.Et l'agence de notation financière Fitch pourrait abaisser la note souveraine de l'Egypte, actuellement de BB+.