Egypte: la justice accuse des ONG d'activités "politiques" illégales

Par La rédaction

LE CAIRE (AFP) - (AFP)

La justice égyptienne a accusé mercredi des organisations non-gouvernementales, notamment américaines, d'ingérence "politique" illégale, relançant ses accusations dans une affaire qui provoque de vives tensions entre Le Caire et Washington.

Ces organisations spécialisées dans le soutien à la société civile ont fait l'objet de perquisitions fin décembre en Egypte sous des accusations d'absence d'autorisation et de financement étranger illégal.

Les cas d'une quarantaine de leurs employés égyptiens et étrangers, dont 19 Américains, ont été transmis début février à la justice et ils pourraient être jugés à une date encore indéterminée.

Deux magistrats chargés de l'enquête ont accusé mercredi devant la presse ces ONG de mener illégalement des activités "politiques", assurant qu'elles auraient intensifié leur action après la chute du président Hosni Moubarak il y a un an.

Ces associations sont accusées d'avoir agi "sans autorisation" pour mener des "activités purement politiques sans rapport avec un travail auprès de la société civile", a affirmé l'un des magistrats, Sameh Abou Zeid.

Selon lui, ces activités "ont pris une autre dimension après la révolution du 25-Janvier" et "sont devenues politiques, avec de la formation dispensée à des partis politiques et des tentatives de mobiliser des gens".

Les peines en cas de condamnation peuvent atteindre cinq ans de prison, a indiqué un autre juge, Achraf Achmawi.

Les militants hostiles au pouvoir militaire égyptien mettent depuis des mois en cause une campagne pour les réduire au silence sous couvert notamment de lutte contre des "complots" venus de l'étranger.

La législation égyptienne très restrictive pour les activités des ONG est héritée de l'époque de M. Moubarak, hostile à toute tentative de promouvoir depuis l'extérieur la démocratie et la bonne gouvernance dans son pays.

Outre le ministère de la Justice, le dossier est suivi de près par Fayza Aboul Naga, ministre chargée de la Coopération internationale et elle-même ancienne de l'administration Moubarak.

Cette affaire a tendu les relations entre l'Egypte et les Etats-Unis, qui apportent chaque année une aide de 1,3 milliard de dollars à l'armée égyptienne, au pouvoir depuis la chute de M. Moubarak.

Trois sénateurs américains -les républicains John McCain et Kelly Ayotte ainsi que leur collègue indépendant Joe Lieberman- ont mis en garde l'Egypte mardi sur ce sujet, estimant que le risque d'une rupture "catastrophique" entre les deux pays avait rarement été aussi grand.

Un autre sénateur républicain, Lindsey Graham, avait averti que l'aide militaire américaine à l'Egypte était "en jeu".

Au département d'Etat, la porte-parole Victoria Nuland a assuré mardi que les organisations non gouvernementales "qui soutiennent la démocratie en Egypte jouent un rôle important dans le processus de transition et n'ont rien fait de mal", faisant part de la "profonde inquiétude" de Washington.

Ces tensions font suite à des perquisitions dans 17 locaux d'ONG égyptiennes et internationales le 29 décembre dernier.

Parmi elles figurent les organisations américaines National Democratic Institute (NDI), International Republican Institute (IRI) et Freedom House.

L'affaire, qui touche également la fondation allemande Konrad Adenauer et deux de ses employés de nationalité allemande, pourrait également affecter les relations avec les Européens.