Egypte: le pouvoir militaire de plus en plus critiqué pour la répression

Par La rédaction

LE CAIRE (AFP) - (AFP)

Les affrontements qui ont fait 13 morts et des centaines de blessés en cinq jours au Caire embarrassaient mardi le pouvoir militaire, accusé dans le monde de brutalité envers les manifestants, en particulier pour l'utilisation de balles et le traitement des femmes.

Ces violences ont occulté la poursuite des premières élections législatives depuis la chute en février du président Hosni Moubarak, dont le second tour a lieu mercredi et jeudi dans un tiers du pays pour un tiers des sièges, attribués au scrutin uninominal.

Le Dr Ihsane Kamil Georgi, chef de la médecine légale égyptienne, a annoncé un bilan de 13 tués depuis le début des affrontements vendredi, dont neuf "atteints par balles", précisant que seuls 10 corps avaient été autopsiés pour le moment.

Un des tués a succombé à ses blessures alors qu'il était détenu au tribunal, selon la même source.

Le Conseil suprême des forces armées (CSFA), au pouvoir depuis la chute en février du président Hosni Moubarak, assure que les forces de sécurité n'utilisent pas de balles réelles, en dépit de vidéos largement diffusées montrant des militaires tirant sur les manifestants avec des armes à feu.

Un responsable du ministère de la Santé, Adel Adaoui, a annoncé sur la télévision d'Etat que sur plus de 600 blessés depuis vendredi, 106 étaient toujours hospitalisés.

Le ministre de l'Intérieur Mohammed Ibrahim a pour sa part appelé les forces de sécurité à "la plus grande retenue", lors d'une inspection aux environs de la place Tahrir, haut lieu de la contestation.

Le quotidien indépendant Tahrir, fondé après la chute du président Hosni Moubarak en février, fustigeait en Une "les forces qui attentent à l'honneur", avec une photo d'un soldat tenant une femme par les cheveux tandis qu'un autre brandissait une matraque au-dessus d'elle.

Les violences envers les manifestantes sont indignes de la révolution et "déshonorent l'Etat" égyptien, a accusé la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton, dans un langage fort peu diplomatique.

La Haut Commissaire aux droits de l'Homme de l'ONU, Navi Pillay, a condamné "la répression brutale" des manifestations.

"La violence impitoyable avec laquelle des femmes manifestant pacifiquement ont été frappées est particulièrement choquante et ne peut rester impunie", a-t-elle souligné.

La France, pour la deuxième fois en cinq jours, a dénoncé "l'usage disproportionné" de la force contre les manifestants, et décidé d'envoyer sur place son ambassadeur chargé des droits de l'Homme, François Zimeray.

Un groupe de députés récemment élus aux législatives se sont rassemblés devant la Cour suprême pour exiger la fin des violences contre les manifestants et l'ouverture d'une enquête.

Mardi avant l'aube au moins quatre personnes ont été blessées dans des affrontements sur la place Tahrir entre police anti-émeutes et protestataires, avec jets de pierres et tirs par balle, avant un retour au calme dans la matinée.

Les heurts avaient éclaté vendredi entre les forces de l'ordre et des manifestants qui campaient depuis fin novembre devant le siège du gouvernement pour protester contre la nomination par l'armée comme Premier ministre de Kamal el-Ganzouri, qui avait déjà occupé ce poste sous Hosni Moubarak.

Les manifestants réclament également la fin du pouvoir militaire, visant en particulier le chef de l'armée et chef d'Etat de fait, le maréchal Hussein Tantaoui.

Ces violences sont les plus graves depuis des affrontements similaires qui avaient fait au moins 42 morts, principalement au Caire, quelques jours avant le début des législatives le 28 novembre.

Le scrutin a été marqué par la nette domination des formations islamistes, au détriment des partis libéraux et des mouvements issus de la révolte anti-Moubarak.