Egypte: les fidèles font leurs adieux à Chenouda III dans une grande émotion

Par La rédaction

LE CAIRE (AFP) - (AFP)

De nombreux fidèles et ecclésiastiques défilaient dimanche dans une atmosphère de grande émotion au Caire devant la dépouille de Chenouda III, chef de l'Eglise  copte orthodoxe décédé après quatre décennies à la tête de la plus grande communauté chrétienne du Moyen-Orient.

Disparu samedi à l'âge de 88 ans, le patriarche laisse des fidèles inquiets face aux violences les visant et devant la montée de l'islamisme, plus d'un an après la chute du président Hosni Moubarak.

Son corps, portant une tiare et revêtu d'habits sacerdotaux richement ornés, a été disposé assis sur un trône de bois sculpté dans la cathédrale Saint Marc du Caire, siège de l'église copte, où la messe de funérailles sera célébrée mardi.

Conformément à ses voeux, l'inhumation du patriarche aura lieu au monastère de Saint Bichoï, dans la région de Wadi Natroune, entre Le Caire et Alexandrie (nord). C'est à cet endroit qu'il avait été assigné à résidence en 1981 par le président Anouar al-Sadate, avec qui il avait de profonds désaccords politiques.

L'évêque Pachomius (Pachôme) de la province de Beheira, dans le delta du Nil, doit assurer provisoirement sa charge pendant deux mois, en attendant la désignation d'un successeur. Le processus, sans limite de temps, avait pris sept mois entre la mort de Cyrille VI et la nomination de Chenouda III en 1971.

Les évêques coptes d'Egypte et du reste du monde ont commencé de prendre le chemin du Caire pour participer aux obsèques et aux préparatifs en vue du choix du nouveau chef de cette église orthodoxe, a indiqué la presse gouvernementale.

Les Coptes, ou chrétiens d'Egypte, représentent 6 à 10% des quelque 82 millions d'Egyptiens, une communauté confrontée à la monté de l'islamisme dans ce pays en grande majorité musulman sunnite.

Diminué par l'âge et la maladie, Chenouda III souffrait de problèmes hépatiques et de tumeurs pulmonaires, avant d'être frappé samedi par une attaque cardiaque.

Très conservateur sur les questions de dogme -il était farouchement opposé à tout assouplissement de l'interdiction du divorce chez les Coptes-, le patriarche était aussi considéré comme un ardent défenseur des droits de sa communauté. Partisan du président Hosni Moubarak, puis conciliant avec le pouvoir militaire qui a pris sa succession, il est apparu en décalage avec la partie de la population copte qui a participé à la grande révolte contre le régime de janvier-février 2011. Il était toutefois considéré par de nombreux Egyptiens comme un élément de stabilité dans un pays en plein bouleversement, et à l'avenir politique toujours incertain.

Le raz-de-marée des partis islamistes lors des récentes élections législatives a, malgré les assurances de nombreux responsables musulmans, avivé les craintes de cette communauté.

Peu présents au sein des institutions et en proie à un sentiment croissant de marginalisation, les Coptes se sentent également de plus en plus vulnérables après une hausse des violences parfois meurtrières à leur encontre. 

Au Vatican, le pape Benoît XVI a rendu hommage à un "grand pasteur, et le président américain Barack Obama a salué la mémoire d'un "avocat de la tolérance et du dialogue religieux".

Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Ami Abdollahian, a salué son action "en faveur de la justice et de la paix".

De nombreuses personnalités musulmanes égyptiennes, ainsi que le pouvoir militaire, lui ont aussi rendu hommage.

La presse égyptienne reflétait l'émotion suscitée par la disparition de ce religieux dont la silhouette fragile était familière aux chrétiens comme aux musulmans. "L'Egypte pleure", titrait le quotidien indépendant Al-Masry al-Youm, tandis que Al-Ahram (gouvernemental) écrivait: "Adieu, pape Chenouda".