Egypte: Moubarak craint le chaos s'il part, nouvelles manifestations prévues

Par La rédaction

LE CAIRE (AFP)

Le président égyptien Hosni Moubarak, confronté à une contestation et à des violences meurtrières, a dit jeudi qu'il souhaitait démissionner mais redoutait le chaos dans son pays, à la veille de nouvelles protestations de masse prévues pour réclamer son départ. 

Dans le même temps, les autorités optaient pour la manière forte en arrêtant sept jeunes leaders du mouvement contestataire après leur rencontre avec l'opposant Mohamed ElBaradei selon des proches, au 10e jour d'une révolte marquée aussi par des violences et intimidations à l'encontre de journalistes.

Sur la place Tahrir, épicentre des protestations au Caire, un calme tendu prévalait tard le soir.Des milliers de manifestants écoutaient des discours hostiles à M. Moubarak, campant dans des tentes et se réchauffant autour de feux, malgré un couvre-feu nocturne.

Au pouvoir depuis 29 ans, M. Moubarak a assuré qu'il en avait "assez d'être président et aimerait abandonner le pouvoir maintenant, mais qu'il ne pouvait le faire de peur que le pays ne sombre dans le chaos", a déclaré Christiane Amanpour, de la chaîne ABC, qui l'a rencontré pendant 20 minutes au Caire.

Le président égyptien, dont l'annonce mardi qu'il ne briguerait pas un 6e mandat à la présidentielle de septembre n'a pas satisfait les protestataires, a aussi dit qu'il ne voulait pas voir "les Egyptiens se battre entre eux".Il s'exprimait en présence de son fils Gamal, selon la chaîne américaine.

Mme Amanpour a ajouté que le vice-président égyptien Omar Souleimane, à qui elle a parlé, lui avait dit que l'armée n'utiliserait "jamais" la force contre la population.

Le pouvoir a rejeté les accusations selon lesquelles il a orchestré les violences, montrant du doigt la confrérie islamiste des Frères musulmans, principale force d'opposition.

Celle-ci a rejeté un appel de M. Souleimane au dialogue, jugeant son régime "illégitime", alors que la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a appelé à des "négociations sérieuses" immédiates entre le pouvoir et l'opposition "en vue d'une transition pacifique et en bon ordre".

Les appels au dialogue du pouvoir "n'influeront pas sur les rassemblements de masse prévus vendredi pour faire tomber le régime", a ajouté un porte-parole des Frères musulmans.

Ces manifestations pour le "Vendredi du Départ" doivent se tenir à travers le pays après la prière musulmane hebdomadaire en début d'après-midi, pour appeler de nouveau à la chute du régime, une majeur partie de l'opposition refusant l'arrêt de leur mouvement tant que M. Moubarak reste au pouvoir.

M. Moubarak, 82 ans, est accusé de tous les maux dans ce pays de 80 millions d'habitants -pauvreté, chômage, privation de libertés et régime policier.

Tout au long de la journée, des heurts ont eu lieu par intermittence entre partisans et opposants au régime, après de violents accrochages place Tahrir (Libération) ayant fait au moins huit morts et plus de 830 blessés mercredi et jeudi matin, selon un bilan officiel.

Un étranger dont on ignore la nationalité a été battu à mort non loin de là, selon des témoins et des services de secours.

Des centaines de partisans du régime armés de matraques, de couteaux et certains de pistolets, ont empêché pendant plusieurs heures l'entrée sur la place de renforts ou ravitaillement aux opposants qui y sont retranchés.

Quiconque tente de franchir leur barrage est accueilli par des insultes."C'est interdit ! On coupe la tête de celui qui va par là", hurle l'un d'eux.Il brandit un couteau de cuisine.

L'armée, épine dorsale du régime, surveille sans intervenir.Elle n'est intervenue que rarement pour disperser les protagonistes ou tenter de sauver des personnes agressées.

D'autres partisans du régime, postés sur le pont 6 octobre, ont lancé des pierres et des bouteilles incendiaires sur les opposants.Des pavés et des bordures en pierre ont été utilisés comme projectiles et des barricades ont été érigées.

Entretemps, la liste des reporters victimes au Caire d'exactions, surtout de la part de personnes qui les accusent de déstabiliser le régime, ne cesse de s'allonger.

L'Occident a dénoncé ces attaques, alors que les télévisions étrangères ne diffusaient plus en soirée des images en direct du Caire, probablement en raison des mesures d'intimidation du pouvoir.

Mme Clinton a condamné "dans les termes les plus fermes" les agressions contre les journalistes, appelant les forces de sécurité à les protéger.

Face à la situation alarmante, les dirigeants occidentaux maintiennent la pression sur M. Moubarak en appelant à une transition immédiate du pouvoir.

La communauté internationale continue en outre d'aider ses ressortissants à quitter le pays, où au moins 300 personnes ont été tuées et des milliers blessés depuis le début de la contestation sans précédent le 25 janvier selon un bilan non confirmé de l'ONU.

Malgré les troubles, le Pentagone a assuré qu'il ne comptait pas cesser ses livraisons d'armes à son allié égyptien, Washington lui fournissant depuis trois décennies des dizaines de milliards de dollars en armes et entraînement.Son soutien militaire annuel se monte à 1,3 milliard de dollars.