Egypte: Moubarak quitte le pouvoir, l'Egypte en liesse

11 février 2011 à 17h34 par La rédaction

LE CAIRE (AFP)

Le président égyptien Hosni Moubarak, 82 ans, a quitté ses fonctions et remis le pouvoir à l'armée vendredi, après 18 jours de contestation populaire, provoquant une explosion de joie dans le pays sur lequel il régnait depuis trois décennies. 

"Compte tenu des conditions difficiles que traverse le pays, le président Mohammed Hosni Moubarak a décidé d'abandonner le poste de président de la République et chargé le conseil suprême des forces armées de gérer les affaires du pays", a déclaré le vice-président Omar Souleimane dans une brève allocution télévisée.

Cette annonce est intervenue alors que plus d'un million de personnes manifestaient contre le raïs à travers l'Egypte.

Les centaines de milliers de manifestants réunis place Tahrir au Caire ont explosé de joie à l'annonce de la démission du président, au pouvoir depuis 1981, ont constaté les journalistes de l'AFP sur place.

"Le peuple a fait tomber le régime!Le peuple a fait tomber le régime!", scandait une foule en délire sur cette place devenue symbole du mouvement de contestation déclenché le 25 janvier et qui a fait au moins 300 morts, selon l'ONU et Human Rights Watch.

Les manifestants hurlaient de joie et agitaient des drapeaux égyptiens.

Certaines personnes se sont évanouies sous le coup de l'émotion.

"Je pleure parce que je suis heureuse", a lancé une manifestante, Loubna Darwiche, 24 ans, tout en tempérant: "il reste beaucoup à faire"."Le peuple doit contrôler cela.Nous aimons l'armée mais c'est le peuple qui a mené cette révolution et c'est lui qui doit la contrôler".

"Félicitations à l'Egypte, le criminel a quitté le palais", a souligné sur son compte Twitter Waël Ghonim, un cybermilitant devenu icône du soulèvement en Egypte.

 Un peu plus tôt, le Parti national démocrate (PND) de M. Moubarak avait indiqué que le chef de l'Etat avait quitté Le Caire pour la station balnéaire égyptienne de Charm el-Cheikh, dans le Sinaï, où il dispose d'une résidence.

Au 18e jour de la mobilisation populaire, un million de personnes avaient manifesté au Caire, selon un responsable de la sécurité, tandis qu'elles étaient entre 400.000 et 500.000 à Alexandrie, selon un photographe de l'AFP.

Ailleurs dans le monde, des explosions de joie ont notamment eu lieu à Gaza et Tunis, où un mouvement de contestation similaire avait provoqué la chute le 14 janvier du président Zine El Abidine Ben Ali.

"C'est formidable!Deux dictateurs sont tombés en moins d'un mois!", exultait Nourredine, un étudiant de 23 ans, dans un concert assourdissant de klaxons, tandis que son copain Ahmed se demandait: "A qui le tour maintenant?"

Le vice-président américain Joe Biden a salué "un jour historique" en Egypte.

 La chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton s'est félicitée de son côté que M. Moubarak ait "écouté la voix du peuple égyptien," ouvrant ainsi la voie à des "réformes plus rapides et plus profondes".

Pour sa part, Israël espère que la période de transition qui s'ouvre en Egypte se fera "sans secousse", a affirmé à l'AFP un responsable gouvernemental.

La chancelière allemande Angela Merkel a dit attendre de l'Egypte qu'elle respecte son traité de paix avec Israël.

Alors que les manifestations se déroulaient le plus souvent dans le calme depuis le 3 février, une personne a été tuée et 20 blessées vendredi lors de heurts à Al-Arich, dans le Sinaï égyptien, entre manifestants et policiers, selon un responsable des services de sécurité.

Le manifestant a été tué lors d'un échange de tirs entre policiers et protestataires qui tentaient de libérer des détenus dans un poste de police.

 Selon des témoins, un millier de manifestants ont lancé des bombes incendiaires sur le poste de police et mis le feu à des véhicules.

Jeudi soir, M. Moubarak avait annoncé qu'il déléguait ses prérogatives au vice-président Souleimane, mais qu'il restait de droit président jusqu'à la fin de son mandat en septembre, une annonce qui avait provoqué la colère des manifestants qui réclamaient son départ immédiat.

M. Moubarak avait aussi annoncé l'amendement de cinq articles controversés de la Constitution concernant la présidentielle.

Mais il conservait encore de larges pouvoirs constitutionnels, et restait le seul à pouvoir dissoudre le Parlement et limoger le gouvernement, en vertu de l'article 82. Cela n'est désormais plus le cas.

L'armée égyptienne, colonne vertébrale du régime, s'était portée "garante" dans la matinée des réformes promises par M. Moubarak, en soulignant "la nécessité d'un retour à la vie normale".

Le conseil suprême des forces armées avait assuré qu'il garantirait "une élection présidentielle libre et transparente à la lumière des amendements constitutionnels décidés" et promis de mettre fin à l'état d'urgence, en vigueur depuis 1981, "dès la fin des conditions actuelles".

La foule avait réagi avec dépit aux annonces de l'armée: "Armée il faut faire un choix, le régime ou le peuple!", criaient des protestaires.