Egypte: nouvelles manifestation au Caire pour réclamer la fin du pouvoir militaire

Par La rédaction

LE CAIRE (AFP) - (AFP)

Les Egyptiens s'apprêtaient à manifester de nouveau en masse vendredi au Caire pour réclamer la fin du pouvoir militaire, cible d'une colère grandissante après la mort de 74 personnes dans des violences liées au football.

Ce drame survenu mercredi soir après un match à Port-Saïd (nord) a déjà provoqué jeudi des manifestations dans le pays contre l'inertie des forces de sécurité, qui ont dégénéré en affrontements avec la police faisant deux morts et des centaines de blessés.

 Les manifestants sont appelés à se réunir à la sortie des mosquées après la prière de midi et à marcher en direction du Parlement pour réclamer la démission immédiate du Conseil militaire au pouvoir depuis la chute de Hosni Moubarak il y a près d'un an, selon un communiqué de 28 organisations pro-démocratie.

 Les militants accusent ce Conseil de mal gérer la fragile transition et le tiennent pour responsable des violences qui ont éclaté au stade de Port-Saïd après la fin du match qui a vu l'équipe locale d'Al-Masry infliger sa première défaite de la saison à Al-Ahly (3-1), club cairote aux innombrables trophées.

Des centaines de supporteurs d'Al-Masry ont envahi le terrain et jeté des pierres et des bouteilles sur ceux d'Al-Ahly.Les affrontements ont fait 74 morts et des centaines de blessés, l'un des bilans les plus lourds de l'histoire du football.

Les Egyptiens, qui dénoncent l'inaction des forces de l'ordre à Port-Saïd, sont de plus en plus exaspérés par le pouvoir militaire accusé de violations des droits de l'Homme, et réclament depuis des mois la fin des procès de civils devant des tribunaux militaires, une refonte du ministère de l'Intérieur, et le respect des libertés et de la justice sociale.

 Le Conseil suprême des forces armées (CSFA), dirigé par le maréchal Hussein Tantaoui, ministre de la Défense de Hosni Moubarak pendant deux décennies, s'est engagé à maintes reprises à céder ses pouvoirs aux civils après la présidentielle prévue d'ici fin juin.

Il avait avancé l'exemple des élections législatives remportées par les islamistes pour preuve de sa bonne foi.Mais cela n'a pas calmé les esprits et maintes personnalités et organisations de défense des droits de l'Homme estiment que les militaires chercheront à garder certains pouvoirs.

 Le drame de Port-Saïd a relancé la contestation contre les autorités et l'incertitude sur la transition.

Jeudi avant l'aube, des milliers de supporteurs d'Al-Ahly mais aussi des citoyens ordinaires avaient défilé au Caire en accablant les militaires et le ministère de l'Intérieur.

Dans la soirée, plus de 600 personnes ont été blessées, la plupart par asphyxie, lorsque des policiers anti-émeutes ont fait usage de gaz lacrymogène contre des manifestants qui lançaient des pierres et tentaient de s'approcher du ministère.

"Ils savent protéger un ministère, mais pas un stade !", lançaient des manifestants."Le peuple veut l'exécution du maréchal!Dégage!", criaient-ils.

Manifestations et affrontements ont aussi eu lieu dans d'autres villes du pays.A Suez (nord-est), deux personnes ont été tuées par balles et une trentaines d'autres blessées lors de heurts entre policiers et manifestants dans la nuit de jeudi à vendredi, selon des sources médicales.

Le drame de Port-Saïd "a eu lieu alors que les services de sécurité sont restés debout sans rien faire, comme ils avaient fait lors d'autres événements, et peut-être ont-ils contribué au massacre", écrit Ibrahim Mansour, un éditorialiste du journal indépendant Al-Tahrir.

"Cela s'est passé sous le nez du Conseil militaire, dont le peuple réclame la chute et qui a fait la preuve de son échec", dit-il.

Les "Ultras" d'Al-Ahly, groupe de supporteurs parmi les plus fervents et les plus organisés, ont participé à la révolte contre M. Moubarak il y a un an et pris part aux manifestations hostiles à l'armée et la police, ce qui alimente sur les réseaux sociaux les soupçons d'une "vengeance" contre eux.

Le Premier ministre Kamal al-Ganzouri, nommé par les militaires, a annoncé le limogeage de la direction de la fédération égyptienne de football, ainsi que la démission du gouverneur de Port-Saïd et des principaux responsables de la sécurité de cette ville.

Le chef du Parlement, Saad al-Katatni, issu des Frères musulmans, désormais la première force politique du pays, a lui aussi estimé que le massacre était "dû à une négligence énorme de la Sécurité", alors que de nombreux Egyptiens évoquaient une "conspiration contre la révolution".

Vidéo des violences entre supporteurs égyptiens