Egypte: Omar Suleiman, le vice-président, détient tous les pouvoirs

Par La rédaction

_ Omar Suleiman s'est vu confier tous les pouvoirs par Hosni Moubarak, après avoir été nommé vice-président le 29 janvier. Lors de son intervention du jeudi 10 février, le Chef de l'Etat a écarté l'idée de démissionner alors que les manifestants attendaient son départ. Portrait de l'homme sorti de l'ombre pour se placer comme le successeur d'Hosni Moubarak. _ Entre Omar Suleiman et Hosni Moubarak s'est tissé un lien de confiance. Tout a débuté le 26 juin 1995 à Addis-Abeba, la capitale éthiopienne. Omar Suleiman et le président sont assis dans un blindé qui les emmènent dans un bâtiment où se tient le sommet de l'Union africaine. Le convoi est alors pris pour cible par un commando islamique. Alors que deux officiers sont tués, Hosni Moubarak survit grâce au blindé, une voiture qu'a fait venir Omar Suleiman spécialement du Caire contre l'avis général. Depuis, on ne cesse de relever leurs ressemblances._ Tout comme le président égyptien, Omar Suleiman est un militaire, patriotique, avec le sens de la discipline, respectant le chef et musulman. Le nouveau vice-président de 74 ans est l'un des hommes les plus puissants du Proche-Orient. On le reconnaît à sa moustache, à ses costumes sombres mais également à ses cravates rayées. Issu d'une famille modeste, il naît sur la terre rouge du Qena, dans le Saïd. Puis, à 19 ans, il prend le chemin de l'académie militaire du Caire. Il part ensuite en Union Soviétique comme beaucoup d'officiers égyptiens de sa génération, puis aux Etats-Unis pour se former. Il combat lors de la guerre des Six jours, puis celle du Kippour et passe un diplôme de sciences politiques. _ Chasse _ Depuis 1993, il occupe la tête des moukhabarat, les services dont dépend la sécurité intérieure de l'Egypte. Il reste à ce poste durant 15 ans, plus longtemps que tous ses prédécesseurs. Les hommes d'Omar Suleiman participent activement à la chasse aux terroristes. A la fin des années 90, cette traque sans relâche avait l'air d'avoir réussie jusqu'aux attentats de 2004 dans la péninsule du Sinaï. Ses hommes recherchent d'ailleurs l'adjoint d'Oussama Ben Laden, l'Egyptien Ayman al-Zawahri. _ Autre ennemi du nouveau vice-président égyptien, les Frères Musulmans. Il ne cache pas sa détestation pour ce groupe d'opposition du Chef de l'Etat, qui détient un cinquième des sièges du Parlement. Il est contre l'intégration de l'Islam politique dans le jeu démocratique._ Dossier israélo-palestinien _ Depuis 2000, Omar Suleiman gère le dossier israélo-palestinien. Lors d'une réunion avec une délégation militaire américaine en avril 2009, il a expliqué que "son objectif prioritaire régional a été la lutte contre le radicalisme, en particulier à Gaza, l'Iran et le Soudan." Les �?tats-Unis et d'autres gouvernements occidentaux ainsi que Tel-Aviv voient en lui un homme rassurant. _ Il tente d'arracher un accord entre Israël, le Hamas et le Fatah. Même s'il connaît bien le dossier en travaillant dessus depuis 10 ans, il jure ne pas avoir vu venir le coup de force du Hamas à Gaza en 2006. Lorsqu'Omar Suleiman croit toucher des bouts des doigts un accord de paix, le Hamas annule en novembre 2008 la conférence de réconciliation interpalestienne qui devait se tenir au Caire. Il gère se problème comme un problème de politique extérieure mais de sécurité nationale pour son pays, frontalier avec la bande de Gaza. _ Successeur_ Certains spécialiste voient en la nomination d'Omar Suleiman au poste de vice-président, comme les prémices de sa succession à Hosni Moubarak. Mais, l'homme représentait depuis longtemps comme le futur chef de l'Etat. Une accession, soit par la voie des élections, soit par un « coup d'Etat ». Mais entre Omar Suleiman et le poste de président, il reste un obstacle : Gamal Moubarak, le fils du chef de l'Etat actuel. Cette homme de 45 ans est à l'origine de la libéralisation de l'économie égyptienne ce qui a permis au pays d'afficher une croissance de 7%. Mais, le peuple se révolte déjà contre ce népotisme prévu._ Mais avec Omar Suleiman comme président de l'Egypte, les libertés civiles risquent d'être bafouées. Le nouveau vice-président s'est montré favorable à la torture à l'encontre de militants islamiques emprisonnés, il a également soutenu la prolongation de l'état d'urgence dans le pays.Hosni Moubarak a toutes les cartes en main pour décider de son successeur. Mais, se présentera-t-il à l'élection présidentielle prévue en septembre 2011 ?_ Par Florence Mallégol