Egypte: plusieurs morts, la révolte tourne à l'affrontement armé au Caire

Par La rédaction

LE CAIRE (AFP)

 La révolte populaire réclamant le départ du président égyptien Hosni Moubarak depuis dix jours a viré à l'affrontement armé place Tahrir, coeur de la contestation au Caire, où le bilan des heurts entre partisans et contestataires s'élevait jeudi à sept morts.

Les violences ont éclaté mercredi au lendemain d'une intervention de Hosni Moubarak, au pouvoir depuis 29 ans, qui avait promis qu'il ne briguerait pas un sixième mandat en septembre.

Vendredi une nouvelle journée de manifestations massives pour exiger le départ du président est prévue.

Place Tahrir (Libération), épicentre de la contestation sans précédent qui secoue l'Egypte depuis le 25 janvier, des milliers de manifestants ont passé la nuit, et les affrontements ont repris dès l'aube.

Au moins quatre personnes ont été tuées jeudi à l'aube par des tirs visant des manifestants hostiles au président, a indiqué à l'AFP le docteur Mohamed Ismaïl, depuis un hôpital de campagne monté sur une place adjacente à la place Tahrir, théâtre de la contestation depuis dix jours.

 Des tirs sporadiques ont commencé à se faire entendre vers 04H00 (02H00 GMT) jeudi et étaient toujours audibles une heure plus tard, a indiqué un correspondant de l'AFP sur place.

Jeudi matin, la place Tahrir était recouverte de pierres et de gravats et une dizaine de milliers de manifestants pro-Moubarak étaient sur place scandant "le peuple veut l'exécution du boucher", entourés par des chars de l'armée.

"A 03H30, les anti-Moubarak ont attaqué les pro-Moubarak les chassant des environs de Tahrir et les poussant à plus d'une centaine de mètres plus loin, derrière le musée et sous le pont du 6-Octobre", explique à l'AFP Mohamed Ahmad, un avocat de 29 ans à Tahrir.

"C'est à ce moment-là qu'un franc-tireur a tiré depuis l'hôtel Ramses-Hilton causant des morts", a-t-il affirmé expliquant que les affrontements s'étaient concentrés la nuit sur la place Abdelmonem Riad, adjacente à Tahrir.

Là, une cinquantaine de soldats de l'armée se sont déployés pour tenter de séparer les deux camps, appelant les manifestants anti-Moubarak à reculer de quelques mètres, selon un journaliste de l'AFP sur place.

Selon des témoins, des tirs en provenance du pont d'Octobre, où sont positionnés des partisans du président Hosni Moubarak, ont également fait de nombreux blessés.

 L'Alliance des juristes égyptiens a déclaré de son côté dans un communiqué que les manifestants anti-Moubarak sur la place étaient sous le feu de leurs adversaires et que plusieurs d'entre eux avaient été tués ou blessés.

"La plupart des victimes sont arrivées ces trois dernières heures, beaucoup avec des blessures par balles", a ajouté un autre médecin, estimant le total de blessés depuis mercredi à plus d'un millier.

Le ministère de la Santé, cité par la télévision d'Etat avait indiqué mercredi que trois personnes, dont un appelé de l'armée, avaient été tuées et plus de 639 blessées, la plupart par des jets de pierres, dans les affrontements de mercredi.

Selon un bilan non confirmé de l'ONU, les heurts de la première semaine de contestation auraient fait au moins 300 morts et des milliers de blessés.

Paris a appelé les Français qui ne sont pas obligés de rester en Egypte à rentrer en France.

 Dans la nuit, Washington en avait fait de même, pressant les Américains qui souhaitent quitter l'Egypte de se rendre "immédiatement" à l'aéroport du Caire, prévenant que les "vols américains supplémentaires après jeudi sont improbables".

La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton, dans un appel téléphonique au vice-président égyptien Omar Souleiman, a condamné les "choquants" affrontements sanglants de la veille au Caire.Elle a demandé une enquête sur ces violences.

Mercredi soir, M. Souleimane avait appelé les manifestants à rentrer chez eux, comme l'avait fait l'armée en milieu de journée, prévenant que le dialogue proposé à l'opposition ne pouvait débuter avant l'arrêt des manifestations.

Le mouvement de contestation a malgré tout appelé à une nouvelle manifestation massive vendredi, baptisée "vendredi du départ", dans laquelle elle entend réunir comme mardi plus d'un million de personnes, malgré la promesse de M. Moubarak de s'effacer à la fin de son mandat en septembre.

Dans une interview à CBS News, la figure de l'opposition égyptienne la plus en vue, le prix Nobel de la paix Mohamed ElBaradei, a rejeté une fois de plus l'offre de dialogue de M. Souleimane, insistant sur le fait qu'Hosni Moubarak doit d'abord quitter le pouvoir.

Les Frères musulmans, principale force d'opposition, ont rejeté "toutes les mesures partielles proposées" par le président et refusé qu'il reste jusqu'en septembre.

 Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a jugé "inacceptables les attaques contre des manifestants pacifiques" et appelé à une "transition dans l'ordre et le calme".