Egypte: premier procès d'un ancien ministre du régime Moubarak

5 mars 2011 à 11h59 par La rédaction

LE CAIRE (AFP)

Le procès pour malversations financières de l'ex-ministre égyptien de l'Intérieur, le très impopulaire Habib el-Adli, s'est ouvert samedi, la première d'une longue série de procédures judiciaires contre des figures de l'ancien régime de Hosni Moubarak.

Debout dans le box, vêtu de l'uniforme blanc réglementaire des prévenus, M. el-Adli a calmement nié les accusations de blanchiment d'argent et de détournement de fonds qui pèsent contre lui.

"Non, cela n'a pas eu lieu", a-t-il par deux fois répondu au juge Al-Mohammadi Qonsoua.Evincé du gouvernement fin janvier, l'ancien ministre a été arrêté le 17 février, une semaine après la chute de M. Moubarak sous la pression de la rue.

Le juge a ajourné le procès au 2 avril après une suspension de séance d'une dizaine de minutes, suite à de vifs échanges entre des avocats qui se sont portés volontaires pour représenter la société civile et la défense, qui a demandé plus de temps.

"C'est le bourreau de l'Egypte!", a crié Hussein Abou Eissa, l'un de ces avocats, en parlant du prévenu.

L'avocat de Habib el-Adli, Mohammed Youssef Mannaa, a demandé plus de temps pour étudier l'affaire, affirmant ne pas avoir encore reçu un dossier crucial.Il a refusé de parler à la presse à la fin de la séance.

Selon le juge, l'ancien ministre de l'Intérieur est accusé d'avoir abusé de son poste pour vendre un terrain à un promoteur sous contrat avec le ministère de l'Intérieur pour plus de 4,8 millions de livres égyptiennes (environ 800.000 dollars).

Il est aussi accusé d'être impliqué dans une opération de blanchiment d'argent d'une valeur de plus 4,5 millions de livres (environ 760.000 dollars).

Ces accusations n'ont pas satisfait les militants pro-démocratie, qui veulent voir l'ancien ministre jugé pour des violations des droits de l'Homme.Habib el-Adli est d'ailleurs visé par une autre enquête pour avoir ordonné de tirer à balles réelles sur les manifestants pendant la révolte.

A l'audience, Ibrahim Bassiouni, l'un des avocats représentant la société civile, a demandé au juge d'autoriser les télévisions à filmer le procès, estimant qu'il était "du droit du peuple de voir cet assassin dans le box".

Mais seul un petit groupe de journalistes de la presse écrite a été autorisé à assister à l'audience.

Me Bassiouni a aussi affirmé que l'argent qui serait récupéré après le procès "devait aller aux martyrs de la révolution".

Le tribunal, situé en banlieue du Caire, avait été placé sous force protection policière et militaire.Des chars de l'armée étaient positionnés à l'entrée de la cour, des camions de la police anti-émeutes un peu plus loin.

A l'extérieur, quelques dizaines de personnes ont exigé la peine de mort pour l'ancien ministre, scandant "Le peuple veut l'exécution de l'assassin" et brandissant des pancartes le montrant une corde au cou.

Habib el-Adli est détesté par une grande partie de la population égyptienne et son départ avait été réclamé avec insistance par les manifestants dès le début de la révolte contre le régime le 25 janvier.

La police qu'il commandait à l'époque est accusée d'être responsable de la répression meurtrière qui a marqué le début du soulèvement ayant fait au moins 384 morts et plus de 6.000 blessés selon le ministère de la Santé.

Plusieurs autres ministres de M. Moubarak et hommes d'affaires proches de l'ancien pouvoir ont également été arrêtés, interdits de quitter le territoire et ont vu leurs avoirs gelés.Certains doivent être jugés dans les semaines à venir.

La lutte contre la corruption est l'une des principales exigences des opposants qui ont poussé M. Moubarak au départ.L'ancien président et sa proche famille font eux-mêmes l'objet d'un gel de leurs avoirs.