Elections au Malawi: la présidente dénonce des irrégularités

22 mai 2014 à 20h31 par La rédaction


Blantyre (Malawi) (AFP)

La présidente malawite Joyce Banda, en difficulté pour obtenir un nouveau mandat, a crié jeudi à la fraude après l'organisation chaotique des élections, marquées par des retards dans le vote et des lenteurs dans la transmission des résultats.

Dans leurs rapports préliminaires, les observateurs étrangers déployés sur place n'ont cependant fait état d'aucune fraude, mentionnant "quelques incidents isolés".

Et l'ancien ministre des Affaires étrangères et frère du défunt président Bingu wa Mutharika, Peter Mutharika, 74 ans, s'est déclaré sûr de sa victoire, raillant les allégations de Mme Banda, "complètement fausses" selon lui.

"Il a été porté à mon attention qu'il y a de sérieuses irrégularités dans le décompte des voix et l'annonce des résultats dans certaines parties du pays", a déclaré pour sa part Mme Banda.

Elle a exhorté la commission électorale à "procéder à une vérification manuelle immédiate".

Les listes électorales étaient soit indisponibles, soit non vérifiées dans certains bureaux de vote, si bien que des électeurs ont pu voter deux ou trois fois, a-t-elle aussi relevé.

Certains candidats ont gagné en reportant plus de voix qu'il n'y avait d'inscrits, des bulletins ont été indûment déclarés nuls ou ont été abîmés, et des agents électoraux ont été arrêtés, a poursuivi Mme Banda, candidate à sa propre succession à ce triple scrutin présidentiel, législatif et municipal.

Les moyens de communication de la commission électorale ont été délibérément bloqués, a ajouté la présidente.

Lors d'une réunion de crise convoquée par la commission électorale, son président Maxon Mbendera, a reconnu jeudi soir devant des représentants des partis politiques "des lenteurs dans la transmission des résultats".

Il a néanmoins promis des "résultats fiables", "vérifiables" par les partis, et de tenir les délais.

Douze candidats concourent à la présidence de ce petit pays pauvre d'Afrique australe.Il n'y aura pas de second tour: le vainqueur sera celui qui aura récolté le plus de voix.

Les résultats devaient être annoncés huit jours après le scrutin de mardi mais les urnes sont restées ouvertes au-delà dans des bureaux n'ayant pas pu ouvrir à temps faute de matériel électoral. 

M. Mbendera a aussi démenti tout crash de son système informatique. "Ce que nous entendons dire par le PP (le Parti du Peuple de Mme Banda, ndlr) est dû au désespoir", a-t-il noté, des résultats partiels donnant la présidente perdante.

Il a suggéré à la présidente de s'adresser à la justice le cas échéant.

La commission électorale avait auparavant annoncé que son système de remontée des résultats ne répondait pas, si bien que les informations doivent être transmises par fax, e-mail ou "amenés physiquement à la centrale", selon M. Mbendera.

Certains bureaux de vote ont ouvert avec dix heures de retard.Des troubles ont éclaté, des bureaux ont été incendiés et des bulletins déchirés sur fond d'accusations de fraudes par des électeurs eux-mêmes.L'armée a été appelée à la rescousse et il a fallu revoter mercredi dans 13 bureaux à Lilongwe et Blantyre.

 

- "Impartialité de la commission électorale" -

"Malgré de considérables défauts dans l'organisation et quelques incidents isolés en particulier à Blantyre, le calme a prévalu pendant les triples élections du 20 mai", ont relevé les observateurs européens. 

Leur rapport ne se prononce pas spécifiquement sur l'honnêteté du scrutin, mais ne fait pas état de fraudes, louant au passage l'impartialité de la commission électorale.

Les observateurs du Commonwealth ont fait le même constat et l'Union africaine s'est félicitée que "les élections aient été menées de façon largement transparente".

Joyce Banda, 64 ans, est au pouvoir depuis deux ans.Elle a succédé en 2012 au président Bingu wa Mutharika, décédé d'une crise cardiaque, dont elle était la vice-présidente bien que brouillée avec lui.

Mise en difficulté par le "Cashgate", un scandale de détournement de fonds, elle explique que c'est parce qu'elle a lancé une campagne anti-corruption qu'il a été découvert.

Mais les bailleurs de fonds étrangers, qui ne tarissaient pas d'éloge à son arrivée au pouvoir, ont gelé une partie de leur aide et ses opposants l'accusent d'avoir détourné l'argent pour financer sa campagne.

La dévaluation imposée en 2012 lui a aussi aliéné une partie de la population, en renchérissant les prix.Près de la moitié des Malawites vivent avec moins d'un dollar par jour.