En Afrique du Sud, le virus nourrit les rivalités politiques et régionales

13 mai 2020 à 7h48 par AFP

AFRICA RADIO

La lutte contre la pandémie de coronavirus a tourné au règlement de comptes politique en Afrique du Sud, où le parti au pouvoir, le Congrès national africain (ANC), accuse l'opposition d'être "complice" de la propagation du Covid-19 dans le sud du pays.

La province du Cap-Oriental (sud-est), gérée par l'ANC, reproche à celle du Cap-Occidental (sud), dirigée par l'Alliance démocratique (DA), de laisser délibérément entrer des personnes sur son territoire en violation des règles strictes de confinement en vigueur.Les deux régions frontalières concentrent à elles seules plus de 80% des cas de Covid-19 en Afrique du Sud, où plus de 11.000 cas d'infections ont été rapportés."Nous sommes convaincus que le gouvernement du Cap-Occidental et les fermiers de la région de Ceres sabotent délibérément tous les efforts pour réduire la propagation du virus dans le Cap-Oriental", a affirmé mardi à l'AFP le secrétaire de l'ANC pour cette dernière province, Lulama Ngcukaitobi."C'est confirmé par le nombre de minibus pleins qui transportent des gens du Cap-Occidental dans notre province sans permis valide", a-t-il dénoncé, accusant les autorités de la province voisine d'être "complices de la propagation du virus".Il a annoncé que son parti avait l'intention de porter l'affaire devant la justice.Le Premier ministre du Cap-Occidental, Alan Winde, a catégoriquement rejeté ces allégations. "Il est fâcheux que l'ANC tienne de tels propos", a-t-il estimé à l'AFP, jugeant "fou que le virus soit politisé". "Nous avons un accord avec le gouvernement du Cap-Oriental pour les déplacements de personnes entre les deux provinces, notamment pour les obsèques. Nous devons être humains, les gens devraient être autorisés à se déplacer mais de façon organisée", a-t-il estimé.Entre "30.000 et 40.000 ouvriers agricoles" originaires du Cap-Oriental travaillent au Cap-Occidental et "sont considérés comme des travailleurs essentiels". "Ils doivent pouvoir rentrer chez eux", a insisté M. Winde.Les deux partis "essaient de marquer des points politiques" en pleine crise sanitaire, a commenté Hennie van As, professeur de droit à l'université Nelson Mandela à Port Elizabeth (sud-est). "Les gens ne sont pas intéressés par les luttes politiques, mais par leur santé. Il est fâcheux qu'ils (les partis) soient tombés si bas", a-t-il estimé à l'AFP.Au pouvoir depuis la fin de l'apartheid en 1994, l'ANC a remporté les élections générales de 2019 devant la DA.