Entre Khartoum et Juba, des tensions mais pas de guerre dans l'immédiat

13 novembre 2011 à 11h39 par La rédaction

KHARTOUM (AFP) - (AFP)

La détérioration des relations entre Khartoum et Juba après des heurts le long de la frontière met en péril les négociations post-partition entre les deux pays mais la menace d'une guerre reste pour l'instant éloignée, estiment des analystes.

Jeudi, le président du Soudan du Sud, Salva Kiir, a prévenu que son pays, indépendant depuis le 9 juillet, n'était pas prêt à sacrifier de nouveau son peuple dans une guerre avec le Nord.Mais il a aussi accusé le Soudan de chercher un prétexte pour prendre le contrôle des champs pétroliers du Sud.

Et peu après, les autorités sud-soudanaises ont annoncé que Khartoum avait mené plusieurs attaques meurtrières sur leur territoire, dont un raid aérien sur un camp de réfugiés ayant fui le Kordofan-Sud, Etat soudanais frontalier en proie à des combats entre l'armée soudanaise et des rebelles.

Khartoum a catégoriquement rejeté ces allégations, et accusé à son tour Juba de soutenir les rebelles du Soudan, dont beaucoup avaient combattu au côté des Sudistes pendant la guerre civile (1983-2005, 2 millions de morts).

Pour les experts, ces violences vont compliquer les négociations sur les questions encore en suspens depuis la partition, en particulier la répartition des revenus pétroliers, l'avenir de la région disputée d'Abyei et le tracé précis de la frontière.

"Ce n'est pas une situation saine.L'Union africaine tente de réunir les deux parties pour des pourparlers à Addis Abeba, mais (...) cela devient toujours plus difficile", explique Fouad Hikmat, analyste à l'International crisis group (ICG).

Certains problèmes à régler, en particulier celui d'Abyei, sont "extrêmement compliqués" et nécessitent une bonne volonté politique singulièrement absente des responsables du Nord comme du Sud, estime-t-il.

Dans un discours prononcé il y a une semaine à Kurmuk, ville rebelle de l'Etat soudanais du Nil Bleu reconquise quelques jours plus tôt par l'armée, le président soudanais Omar el-Béchir a accusé le Soudan du Sud de "trahison" et prévenu que son armée était prête à la guerre.

"Il y a beaucoup de rhétorique, mais rien de concret pour affirmer que ces gens vont se faire la guerre bientôt", relativise Magdi Gazouli, un analyste soudanais à l'Institut de la Vallée du Rift.

Selon lui, le "discours triomphaliste" de M. Béchir à Kurmuk était essentiellement destiné à l'opinion publique du Soudan.De même, les accusations de M. Kiir à propos des visées soudanaises sur les champs pétroliers constituaient surtout un appel à l'aide internationale.

Et les attaques de l'armée du Soudan en territoire sud-soudanais visaient avant tout des bases arrière des rebelles du Kordofan-Sud, estime M. Gazouli.

Les deux pays s'accusent mutuellement d'armer des groupes rebelles le long de la frontière, ce dont ne doute pas M. Gazouli, qui considère cependant qu'il s'agit essentiellement d'une manière de "montrer ses muscles" pour peser sur les négociations à venir.

Roger Middleton, expert soudanais au sein du groupe de réflexion Chatham House à Londres, rappelle que l'histoire du conflit au Soudan et de sa région est caractérisée par le soutien de gouvernements à des groupes rebelles ou d'opposition dans les pays voisins.

L'idée que le Soudan du Sud soutienne des activités rebelles au Soudan "est beaucoup plus réaliste que (...) celle d'une guerre à grande échelle entre les deux pays", insiste-t-il.

Selon lui, les deux pays, déjà confrontés à de vastes défis internes compliqués par de graves difficultés économiques, ne sont pas prêts à se lancer dans une nouvelle guerre coûteuse."Mais les accrochages transfrontaliers ne sont pas finis", prévient-il.

Or, ces tensions minent les négociations post-partition, et plus les questions liées à la partition "resteront en suspens, plus la situation risque de s'installer dans un antagonisme permanent, comme l'Ethiopie et l'Erithrée, ou encore le Cachemire", prévient M. Middleton.