Envoyé spécial d'Africa N°1 à Tombouctou : "Vers une intervention militaire ?"

Par La rédaction

Notre correspondant à Niamey, Abdoul-Karim MAHAMADOU, s'est rendu ces derniers jours au Nord-Mali, à Tombouctou particulièrement. Il y a observé, entre autres, les dégâts causés aux mausolées historiques par les membres d'Ansar-Eddine. Notre confrère a remarqué que des avions militaires survolaient à basse-altitude la région de Tombouctou, ce qui a provoqué de l'agitation dans les rangs des miliciens d'Ansar-Eddine.Ecoutez le reportage : Il était l'invité de Francis Laloupo dans le Journal des Auditeurs de ce vendredi 6 Juillet. Il lui a confié comment le reportage s'était déroulé ainsi que ce qu'il avait vu sur place. Francis Laloupo : Dans quelles conditions avez-vous réalisé ce reportage ?Abdoul-Karim MAHAMADOU : Dans des conditions très difficiles. Il a fallu passer par des intermédiaires car on ne vous faisait pas confiance. On veut savoir qui vous êtes, ce que vous venez faire, si vous n'êtes pas un espion ou un agent de renseignement. Puis, on nous a fait attendre à la frontière du Mali au niveau de Gao avant de pouvoir rentrer dans le pays.Ensuite nous étions suivis dans tous nos mouvements, dans tous nos déplacements, par des gens qui voulaient savoir ce que nous enregistrions, ce que nous posions comme questions, qui nous rencontrions. Francis Laloupo : Qui sont ces islamistes que vous avez rencontré, ce sont des maliens ou des étrangers ?Abdoul-Karim MAHAMADOU : Il y a des gens de plusieurs nationalités. Personnellement j'ai rencontré des Nigériens qui m'ont parlé dans ma langue et qui m'ont dit être venu combattre auprès de leurs frères. Pour eux, c'est une noble cause de combattre pour l'islam, d'instaurer la charia. Il y a aussi des Mauritaniens, des Algériens, des Sénégalais, vous avez toutes les nationalités. Francis Laloupo : On a donc la preuve que l'objectif de ces islamistes était de faire du Nord du Mali un bastion du terrorisme international ?Toutes les nationalités sont représentées dans ces groupes. Après avoir conquis le Nord, ne vont-ils pas vouloir lorgner du coté du Niger ou de la Mauritanie ? Pour l'heure, le Mujao et Ansar Dine cherchent à s'assoir définitivement dans le Nord du Mali. Ils ne revendiquent pas l'indépendance de l'Azawad, contrairement au MNLA. Leur but est d'instaurer la charia partout où ils se trouvent. S'ils arrivent à avoir un soutien important, ils vont certainement chercher à conquérir d'autres zones.Francis Laloupo : Quelle est la situation des habitants ?Abdoul-Karim MAHAMADOU : Les habitants ont peur�?� Ils acceptent malgré eux la situation car les islamistes font la loi et sèment la terreur. Les villes de Gao et de Tombouctou ressemblent aujourd'hui à des champs de ruines. Beaucoup d'habitants ont fui mais ceux qui sont restés acceptent malgré eux la situation. Ils ont applaudi, dans un premier temps, le départ du MNLA parce que les touaregs pillaient et violaient les femmes. Avec le Mujao, ces crimes ont pris fin. Mais ils ont instauré la charia. Vous n'avez plus le droit de fumer. Il n'y a plus de bars. Ils ont tout détruit, saccagé les restaurants. Vous n'avez plus le droit de parler avec des femmes dans la rue. Les femmes sont obligées de sortir voilées. Un petit nombre, les partisans de l'islamisme radical apprécient mais la plupart des habitants ont peur. Ils attendent une intervention militaire, ils veulent être libérés. Francis Laloupo : Dans votre reportage, on comprend que des avions de renseignements survolent cette zone. Des man�?uvres militaires ont-elles déjà commencées ?Abdoul-Karim MAHAMADOU :Nous n'avons pas vu les avions mais les hommes d'Ansar Dine nous ont confirmé qu'il y avait des avions de renseignements qui volaient à basse altitude au dessus de cette zone. L'armée nigérienne sécurise la frontière avec le Mali, mais il n'y a pas de déploiement d'armée étrangère. En tout cas, les groupes islamistes s'attendent à une intervention d'un moment à l'autre. Francis Laloupo : Ces combattants se disent prêts à affronter les armées du monde entier. Est-ce de la fanfaronnade ou ont-ils vraiment les moyens militaires de riposter ?Abdoul-Karim MAHAMADOU :Fanfaronnade ou pas, il faut les prendre au sérieux. Ils ont chassé le MNLA avec de l'artillerie lourde, venant du Libye, et ils bénéficient également du soutien des groupes armés algériens. S'ils ne les ont pas encore, en tout cas, ils se donneront les moyens de faire la guerre.