Eswatini: l'armée déployée pour réprimer les manifestations anti-monarchie

Par AFP

AFRICA RADIO

Le royaume africain d'Eswatini a déployé l'armée dans les grandes villes pour réprimer les manifestations pro-démocratie de la jeunesse, ont déclaré mardi des militants et des témoins.

Les manifestations sont rares en Eswatini, un petit État enclavé également appelé Swaziland. Les partis politiques sont interdits, mais ces dernières semaines, de violentes manifestations ont éclaté dans certaines régions du pays contre la dernière monarchie absolue d'Afrique. Des témoins dans les deux principales villes, Manzini et Mbabane, ont rapporté avoir vu des soldats patrouiller dans les rues, où les manifestants avaient brûlé des pneus et caillassé des voitures. A Manzini, une employée a raconté à l'AFP qu'elle s'était retranchée avec ses collègue dans le restaurant où elle travaille, et ne pouvait pas rentrer chez elle. "Des hélicoptères éteignent les feux allumés sur les routes", a-t-elle expliqué sous couvert d'anonymat, précisant que des boutiques et un magasin de meubles avaient été incendiés lundi.Plusieurs sources ont également fait état de pillages et d'incendies à Matsapha, une zone commerciale à l'ouest de Manzini."Les militaires sont dans les rues", a déclaré à l'AFP Lucky Lukhele, porte-parole du réseau associatif Swaziland Solidarity Network. "Hier, c'était la pire nuit jamais vue, un jeune homme a été abattu à bout portant par l'armée, et certains sont à l'hôpital au moment où nous parlons", a poursuivi Lukhele. Selon Wandile Dludlu, secrétaire général du Front démocratique uni du Swaziland (SUDF), "(le roi) Mswati a lâché hier des soldats et des policiers armés sur des civils non armés". Plus de 250 manifestants ont été blessés par balles, par des fractures et des chocs, a-t-il ajouté. Le Premier ministre Temba Masuku a lancé un appel au "calme, à la retenue et à la paix" et a promis que le gouvernement "informerait la nation des interventions sur la situation actuelle au fur et à mesure de la journée." Il a nié les rumeurs selon lesquelles le roi Mswati III aurait fui. Le souverain est "dans le pays et continue à gouverner", a-t-il précisé. La semaine dernière, le gouvernement avait interdit les manifestations, et le commissaire de la police nationale, William Dlamini, avait prévenu que ses hommes feraient preuve d'une "tolérance zéro".Au pouvoir depuis 1986, Mswati III, qui a 14 femmes et plus de 25 enfants, est décrié pour sa poigne de fer, ses frasques et son train de vie fastueux dans un pays dont les deux tiers du 1,3 million d'habitants vivent sous le seuil de pauvreté.En 2019, une série de grèves des fonctionnaires, accusant le monarque de vider les caisses du pays au détriment de ses sujets, avait déjà secoué le royaume.