Ethiopie: des manifestants paralysent la capitale après des violences ayant fait 23 morts

17 septembre 2018 à 13h35 par AFP

AFRICA RADIO

Des groupes de manifestants ont paralysé Addis Abeba lundi, bloquant des routes et poussant les commerces de la capitale éthiopienne à fermer, à la suite de violences entre communautés ayant fait 23 morts ce weekend en périphérie de la ville.

Le chef de la police �thiopienne, Zeynu Jemal, a indiqu� que la police a tu� cinq manifestants lundi, les d�crivant comme des "dangereux vagabonds" qui tentaient de piller des propri�t�s et voler des armes de la police.

Ces troubles et violences ethniques sont le dernier d�fi en date � l'ambitieux programme de r�formes entrepris par le Premier ministre Abiy Ahmed, dont une profonde refonte d'un appareil s�curitaire d�cri�, depuis son entr�e en fonction en avril.

Brandissant des drapeaux protestataires et des branches d'arbre, les manifestants sont descendus dans les rues de la capitale pour protester contre des violences ayant eu lieu ce weekend � Burayu, � l'ouest d'Addis Abeba, en r�gion oromo.

Ils ont accus� des groupes de jeunes Oromo d'y avoir vis� d'autres ethnies minoritaires provenant du sud de l'Ethiopie et qui se sont install�es ces derni�res ann�es dans des zones autour de la capitale.

"Je suis venue pour obtenir justice, car nos fr�res et nos soeurs se font massacrer", a assur� Bizuayehu Biyargegne Getahun, une manifestante rencontr�e par l'AFP sur la place Meskel."Ils violent nos soeurs et nos m�res", a-t-elle ajout�.

Zewdu Tinae a, lui, appel� le gouvernement � pr�venir ce genre de violences, dans lesquelles il a perdu son fr�re et un voisin."Le gouvernement dit +soyons tous amis+, mais nous sommes en train de nous �loigner les uns des autres car il n'y a pas d'Etat de droit".

Sans nommer les auteurs des violences de Burayu, le chef de la police de la r�gion oromo, Alemayehu Ejigu, cit� par l'agence de presse officielle ENA, a indiqu� lundi qu'un groupe organis� y a perp�tr� ce weekend une s�rie de meurtres et de pillages, faisant 23 morts et 886 d�plac�s.

Les forces de l'ordre ont �t� d�ploy�es dans cette ville pour emp�cher que la situation ne d�g�n�re davantage.Deux cents suspects ont d�j� �t� interpell�s, selon des m�dias locaux.

- Appel � la paix -

"Le Premier ministre Abiy Ahmed (lui-m�me oromo) a fermement condamn� ces meurtres et actes de violence contre d'innocents citoyens", a d�clar� sur Twitter Fitsum Arega, le chef de cabinet de M. Ahmed."Ces l�ches attaques repr�sentent une pr�occupation pour l'unit� et la solidarit� de notre peuple, et nous y r�pondrons de mani�re appropri�e".

Mais pour de nombreux manifestants, ces mots n'�taient pas suffisants.�

"Le peuple Gamo et des peuples d'autres ethnies sont attaqu�s" par des Oromo, s'est exclam� Mahmud Emersa, en r�f�rence notamment � une ethnie minoritaire du sud de l'Ethiopie.Selon lui, ces violences ont cours depuis quatre ans.

Lundi, les routes menant � Burayu �taient bloqu�es par les protestataires, qui mena�aient les journalistes couvrant les manifestations.De nombreux commerces de la capitale ont pr�f�r� fermer et les grands axes �taient encore plus embouteill�s que d'ordinaire.

La capitale �thiopienne est une ville multi-ethnique de 4 millions d'habitants, mais est situ�e au milieu de la r�gion oromo.Or, Addis Abeba conna�t une croissance d�mographique galopante et s'�tend progressivement au-del� de ses limites g�ographiques.

Des manifestations anti-gouvernementales sans pr�c�dent d�but�es fin 2015 et men�es en grande partie par les Oromo avaient pouss� � la d�mission du pr�d�cesseur de M. Abiy d�but 2018.Ces protestations avaient notamment �t� provoqu�es par un projet d'extension du territoire de la capitale au d�triment de la r�gion oromo.

Samedi, des dizaines de milliers de personnes avaient accueilli � Addis Abeba le retour en Ethiopie de dirigeants du Front de lib�ration oromo (OLF), un ancien groupe rebelle antigouvernemental que l'actuel gouvernement a enlev� de la liste officielle des organisations "terroristes".

Le nouveau Premier ministre a de nombreuses fois appel� les habitants du deuxi�me pays le plus peupl� d'Afrique � la paix, mais des conflits intercommunautaires aux enjeux le plus souvent territoriaux ont �maill� le d�but de son mandat, notamment des violences entre Oromo et Gedeo dans le sud du pays, qui ont d�plac� pr�s d'un million de personnes.