Ethiopie: des milliers de Tigréens chassés de leurs terres (autorités régionales)

Par AFP

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Les autorités de la région éthiopienne du Tigré ont accusé lundi les forces de sécurité venues de la région voisine d'Amhara d'avoir expulsé des milliers de Tigréens de leurs terres, sources de différends historiques réveillés par le conflit en cours.

Une soixantaine de camions et de cars transportant des Tigréens sont arrivés depuis samedi dans la ville de Shire, dans le Nord-Ouest du Tigré, en provenance de localités de la région situées plus à l'Ouest, a déclaré à l'AFP Gebremeskel Kassa, chef de cabinet du gouvernement régional de transition.Ces véhicules transportaient au moins 3.500 personnes, et peut-être jusqu'à 5.000, a-t-il estimé, en indiquant que les responsables locaux travaillaient toujours au décompte des nouveaux arrivants.Le Premier ministre Abiy Ahmed, lauréat du prix Nobel de la paix 2019, a lancé le 4 novembre une opération militaire pour renverser les autorités du parti au pouvoir dans la région, le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), qu'il accusait d'avoir attaqué des bases de l'armée fédérale.Il s'est appuyé sur les forces régionales venues d'Amhara, une région qui borde le Sud du Tigré, pour sécuriser de vastes zones du Tigré après le retrait du TPLF. Des responsables amhara ont été nommés pour mettre en place des administrations intérimaires dans plusieurs villes et villages.Selon Gebremeskel Kassa, ces déplacements de population "se poursuivent" et sont menés par des forces de sécurité de la région d'Amhara."Il est clair que les forces régionales d'Amhara expulsent de force des personnes d'origine tigréenne (de l'Ouest) de la région" du Tigré, a déclaré Gebremeskel Kassa: "Nous condamnons fermement l'expulsion d'habitants tigréens de l'Ouest du Tigré" par les forces amhara qui "doivent arrêter immédiatement".Beaucoup d'Amharas estiment que le TPLF, qui a dominé le pouvoir fédéral en Ethiopie du début des années 1990 jusqu'en 2018, a intégré au Tigré des zones fertiles qu'ils habitaient alors qu'elles auraient dû être, selon eux, sous administration amhara.Dans une déclaration fin février, le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken avait appelé à un "retrait immédiat" des forces amhara du Tigré, une demande qualifiée de "regrettable" par le gouvernement fédéral.L'ONG Médecins sans Frontières (MSF), présente à Shire, a également observé dernièrement une augmentation spectaculaire de nouveaux arrivants en provenance de l'Ouest du pays, jusqu'à 10.000 "sur la semaine passée, voire les deux dernières semaines", a déclaré lundi à l'AFP la porte-parole de l'ONG, Kate White.Les déplacements de population semblent s'être accélérés au cours du week-end, a-t-elle ajouté.Avant ce récent afflux, la ville de Shire abritait déjà des dizaines de milliers de Tigréens et d'Érythréens déplacés. Plusieurs bâtiments, comme une école primaire et un lycée, sont devenus des refuges improvisés.Dans un communiqué publié vendredi, MSF a déclaré que la malnutrition dans ces sites d'accueil était "préoccupante", mais "pas encore au niveau de l'urgence"."Nous ne voyons toujours pas de distributions alimentaires systématiques et régulières", a ajouté lundi Kate White. Le gouvernement régional d'Amhara n'a pas répondu aux demandes de commentaires de l'AFP lundi.