Ethiopie: l'administration a quitté la capitale du Tigré, face à une avancée rebelle (officiel)

Par AFP

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L'administration intérimaire du Tigré a quitté lundi Mekele, la capitale de cette région du nord de l'Ethiopie où l'armée affronte depuis près de huit mois des forces loyales aux anciennes autorités locales dissidentes, a-t-on appris de source officielle, dessinant un tournant dans ce conflit.

Alors que les forces loyales au Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) progressent depuis plusieurs jours vers la ville, "tout le monde est parti, les derniers sont partis dans l'après-midi, (...) la région n'a pas de gouvernement", a déclaré un membre de cette administration, qui a requis l'anonymat pour des raisons de sécurité.Le Tigré est en proie aux combats depuis le lancement en novembre 2020 par le Premier ministre Abiy Ahmed d'une opération militaire pour renverser les autorités locales dissidentes, issues du TPLF.Annoncée comme brève, cette opération de "maintien de l'ordre" s'est transformée en conflit de longue durée, marqué par de nombreux récits d'exactions sur les civils (massacres, viols, déplacements de population...).Selon l'ONU, au moins 350.000 personnes y sont en situation de famine, ce que conteste le gouvernement éthiopien.Si M. Abiy a proclamé la victoire après la chute de Mekele le 28 novembre, les combats n'ont jamais cessé entre les forces pro-TPLF, qui se font appeler Forces de défense du Tigré (TDF), et l'armée fédérale éthiopienne, épaulée par des troupes des autorités régionales voisines de l'Amhara et l'armée de l'Erythrée, pays frontalier du Tigré.Les TDF ont lancé une offensive la semaine dernière, au moment où se tenait dans une grande partie du reste du pays des élections nationales très attendues.Un responsable de l'administration intérimaire, mise en place par Addis Abeba après la destitution des autorités du TPLF, a déclaré lundi à l'AFP que les fonctionnaires avaient choisi de quitter leur poste alors que les TDF se rapprochaient "de tous les côtés".Plusieurs témoins ont déclaré à l'AFP que des soldats et des policiers fédéraux fuyaient également la ville lundi.Un responsable humanitaire a par ailleurs indiqué que des coups de feu de célébration résonnaient dans la ville lundi en début de soirée."D'après la façon dont la communauté réagit, il semble que (...) peut-être les troupes se sont retirées", a-t-il déclaré.Le bureau du Premier ministre n'avait pas répondu lundi soir aux sollicitations de l'AFP pour obtenir plus de précisions.Mais la chaîne Fana Broadcasting Corporate, affiliée à l'Etat, a déclaré qu'Abraham Belay, chef du gouvernement intérimaire tigréen, avait appelé à un cessez-le-feu."L'administration intérimaire du Tigré demande au gouvernement fédéral d'accepter un cessez-le-feu basé sur l'humanité du gouvernement fédéral et d'une manière qui n'entraîne pas plus de dégâts", a déclaré la chaîne citant M. Abraham.