Ethiopie: les Sidama manifestent, réclamant la création d'une nouvelle région

Par AFP

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Des manifestants de l'ethnie sidama ont jeté des pierres sur les forces de sécurité et brûlé des pneus dans les rues d'Hawassa, dans le sud de l'Ethiopie, réclamant la création de leur propre région.

Les dirigeants du groupe ethnique Sidama avaient précédemment annoncé qu'ils proclameraient unilatéralement jeudi la création de la région, une mesure qui, selon les analystes, pourrait alimenter la crise politico-ethnique dont souffre déjà l'Ethiopie, et conduire à de nouvelles violences. 

Mais le principal parti de ce groupe ethnique, le Mouvement de libération sidama (MLS), a annoncé jeudi avoir accepté la tenue d'un référendum proposé par les autorités électorales pour la fin de l'année.

Un militant en faveur de l'autoproclamation, Mate Mengesha, a assuré à l'AFP que les forces de sécurité éthiopiennes avaient empêché la tenue d'une réunion d'aînés sidama et de jeunes militants prévue dans la matinée, et lors de laquelle la proclamation de la nouvelle région aurait été prévue.

Les responsables sidama ne sont donc jamais arrivés au lieu de la réunion, où des manifestants en colère ont jeté des pierres sur les forces de sécurité, a-t-il raconté.Ce qu'on attendait était une proclamation le 18 juillet, a-t-il ajouté, mais "la réunion n'a pas eu lieu".

A d'autres endroits, principalement aux abords de la ville, des pneus ont été mis en feu et des routes bloquées, a rapporté Abel Gedefaw, directeur de la faculté de médecine à l'université d'Hawassa."Il y a beaucoup de forces de sécurité, et personne n'a le droit de se déplacer".

D'autres résidents ont assuré que l'internet mobile avait été coupé dans la ville, alors que M. Abel a précisé que l'hôpital universitaire n'avait reçu aucun blessé en début d'après-midi.

- Casse-tête -

La question des Sidama est le dernier casse-tête en date pour le Premier ministre, Abiy Ahmed, déterminé à réformer la nation après des décennies de régime autoritaire.Il est confronté à des vagues de violences politico-ethniques dans le deuxième pays le plus peuplé d'Afrique et qui abrite plus de 80 ethnies.

La crise a fait plus de deux millions de déplacés et, le mois dernier, cinq hauts responsables éthiopiens, dont le chef d'état-major de l'armée, ont été assassinés lors de ce que les autorités ont décrit comme une tentative de coup d'État contre le gouvernement régional de l'Etat d'Amhara, dans le nord.

L'Ethiopie est divisée en neuf régions semi-autonomes et sa Constitution exige que le gouvernement organise un référendum pour tout groupe ethnique souhaitant former une nouvelle entité dans l'année qui suit sa demande.

Les Sidama s'efforcent depuis des années de quitter la Région des Nations, nationalités et peuples du Sud (NSSP).Le groupe - le plus important de cette région, mais qui ne représente que quelques pour cent à l'échelle du pays - assure que la date limite pour le référendum était jeudi.

Toutefois, la Commission électorale éthiopienne a déclaré qu'elle organiserait un référendum avant la fin de l'année, soutenant n'avoir reçu la demande de référendum qu'en novembre 2018.

Bien que le MLS ait affirmé initialement qu'un référendum organisé après juillet serait inacceptable, son porte-parole, Desalegne Mesa, a déclaré jeudi à l'AFP que le parti accepterait le nouveau calendrier pour éviter des violences.

Un habitant d'Hawassa a toutefois déclaré à l'AFP que de nombreux jeunes ayant milité pour la création d'un nouvel Etat sont "mécontents" de cette décision.