Ethiopie: un leader de l'opposition "fier" de son inculpation pour terrorisme

Par AFP

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Une des figures de l'opposition en Ethiopie, Jawar Mohamed, a dénoncé lundi l'inculpation dont il fait l'objet pour terrorisme, y voyant une manoeuvre du pouvoir pour enfermer ses opposants plutôt que de les affronter dans les urnes.

Jawar Mohammed, un ancien magnat des médias devenu l'un des plus farouches détracteurs du Premier ministre Abiy Ahmed, fait partie d'un groupe de 24 responsables récemment inculpés de terrorisme et incitation à la violence lors d'une flambée de violence qui avait fait 239 morts en juin et juillet.Lundi, M. Jawar et 17 autres suspects sont apparus devant un tribunal d'Addis Abeba, où leur a été précisé le détail des charges pesant contre eux, selon l'un des avocats de l'opposant, Tuli Bayyisa."La raison pour laquelle je suis détenu tient au seul fait que nous avons défié le gouvernement. Le gouvernement a compris qu'il ne pourrait pas faire jeu égal avec les partis d'opposition", a déclaré M. Jawar selon des propos rapportés par son avocat."Je suis vraiment fier d'avoir été inculpé sous le coup de la loi antiterroriste car le gouvernement sait, le public sait et moi-même je sais à 100% que je ne suis pas un terroriste. Je n'ai jamais commis aucun crime", a-t-il affirmé, toujours selon son avocat.Les inculpations, passibles de la prison à vie, sont liées aux violences qui ont éclaté après le meurtre fin juin de Hachalu Hundessa, un chanteur populaire oromo devenu le porte-parole des revendications de cette communauté, la plus nombreuse d'Ethiopie et dont sont également issus le Premier ministre et M. Jawar.Arrivé au pouvoir en avril 2018, M. Abiy, prix Nobel de la Paix 2019, est le premier chef de gouvernement de l'histoire moderne à appartenir à l'ethnie majoritaire Oromo. Mais il est critiqué avec virulence par les nationalistes oromo comme M. Jawar, qui lui reprochent de ne pas répondre aux aspirations de sa communauté, laquelle s'est longtemps estimée marginalisée politiquement et économiquement.L'Ethiopie a reporté sine die les élections générales prévues en août en raison de l'épidémie de coronavirus. Les détracteurs du gouvernement l'accusent de prendre prétexte de la pandémie pour se maintenir au pouvoir sans passer par les urnes.