Fin d'une prise d'otages sanglante dans un hôtel au Mali, 12 tués dont un Sud-Africain

8 août 2015 à 16h30 par La rédaction

Bamako (AFP)

Douze personnes ont été tuées, dont un Sud-Africain, et quatre libérées samedi d'un hôtel de Sévaré, dans le centre du Mali, au lendemain d'un raid mené par un commando dont les forces maliennes sont venues à bout après une intervention lancée dans la nuit.

"Il y a eu 12 morts au total" durant les opérations, a affirmé samedi à l'AFP un responsable militaire malien: "Cinq Fama (membres des Forces armées maliennes), cinq terroristes et deux Blancs" dont les identités et nationalités sont en cours de vérification.

Parmi "ces deux Blancs, a-t-il ajouté, il y en a un dont le corps est resté longtemps devant l'hôtel, il y était visible depuis vendredi matin".Deux autres sources militaires distinctes ont confirmé ce bilan à l'AFP.

Selon des militaires maliens, cinq étrangers figurent parmi les personnes qui étaient retenues dans l'hôtel Byblos de Sévaré, situé à plus de 620 km au nord-est de Bamako où des expatriés séjournent régulièrement.

Vendredi, d'autres sources militaires maliennes avaient affirmé qu'au moins cinq étrangers - trois Sud-Africains, un Français et un Ukrainien - y étaient enregistrés avant l'assaut. 

Vendredi après-midi, l'Ukrainien a pu s'échapper de l'hôtel et, selon une source militaire malienne, il a dit y avoir vu, avant l'attaque, "trois Sud-Africains, un Russe comme expatriés".

Par ailleurs, un porte-parole de l'ambassade russe au Mali a rapporté à l'agence russe RIA Novosti qu'un Russe qui était à l'hôtel avait été libéré et conduit dans des locaux de l'ONU, tandis que les assaillants avaient été "éliminés".Une des sources militaires a indiqué à l'AFP que durant la prise d'otages, les forces maliennes avaient reçu "des informations utiles" de la part d'un Russe "qui était caché dans le bâtiment".

Les assaillants, non officiellement identifiés, avaient fait irruption au Byblos vendredi vers 07H00 (locales et GMT). 

Les forces maliennes avaient alors bouclé la zone et tenté de déloger les assaillants.D'après plusieurs sources militaires maliennes, elles y sont parvenues dans la nuit de vendredi à samedi.

Les opérations contre les preneurs d'otages à l'intérieur de l'hôtel ont été menées par les forces spéciales de la gendarmerie malienne, "avec le concours et l'assistance (des) partenaires" du Mali, a déclaré une source au ministère malien de la Défense.Elles ont permis de "libérer quatre otages", a-t-elle ajouté, refusant de s'exprimer sur leurs identités et nationalités.

Samedi après-midi, l'Afrique du Sud a confirmé la présence à Sévaré de trois de ses ressortissants, dont un a été tué.Les deux autres sont en sécurité.

Le ministère français des Affaires étrangères pour sa part disait encore procéder à des "vérifications" sur la présence supposée d'un de ses citoyens à l'hôtel ou parmi les victimes.

 

- "La vie a repris son cours normal" -

 

Vendredi soir, le gouvernement malien avait annoncé un "bilan provisoire" de cinq morts et deux blessés du côté des Fama, deux assaillants tués et l'arrestation de sept suspects, sans plus de détails.

Auparavant, une des sources militaires maliennes avait parlé à l'AFP de huit morts : trois militaires, deux "terroristes" et trois "corps visibles devant l'hôtel à côté d'un minibus calciné", dont celui d'un homme à la peau blanche.

Au moins un employé contractuel de la Mission de l'ONU au Mali (Minusma) a été tué dans l'attaque, selon la Minusma et le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, qui a réaffirmé le soutien des Nations unies au processus de paix dans le pays, dans un communiqué diffusé samedi.

Située à 12 km de Mopti, la capitale régionale, Sévaré est une ville stratégique, dotée du plus important aéroport de la région utilisé par les forces maliennes et internationales.

Mopti se situe à la lisière du vaste Nord malien, où ont été enlevés de nombreux Occidentaux; Cette région était tombée en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes islamistes extrémistes liés à Al-Qaïda - dont Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) - qui avaient profité d'une offensive rebelle touareg contre l'armée.

Les jihadistes ont été en grande partie chassés et dispersés de ces régions à la suite du déclenchement en janvier 2013, à l'initiative de la France, d'une opération militaire internationale, toujours en cours. 

Cependant, des zones entières échappent encore au contrôle des autorités maliennes comme à celui des forces étrangères.Deux attaques jihadistes, les 1er et 3 août, ont causé la mort de 13 militaires maliens dans le Centre et le Nord.

Après une journée entière calfeutrés dans leurs maisons en raison de consignes de sécurité de l'armée, les habitants de Sévaré ont renoué samedi avec leurs activités habituelles, ont indiqué des résidents.

"Les militaires quadrillent toujours le secteur de l'hôtel.Les gardes sécurisent le bâtiment qui est vide. Les chiens renifleurs sont en train d'inspecter les lieux", a témoigné samedi matin un des habitants.

"Les gens sont sortis" de chez eux, "la vie a repris son cours normal", s'est réjoui un élu local.