Financement occulte: Bourgi affirme avoir versé 20 millions de dollars à Chirac et Villepin

Par La rédaction

PARIS (AFP) - (AFP)

L'avocat Robert Bourgi a évalué lundi à "vingt millions de dollars" les sommes provenant de dirigeants africains qu'il dit avoir remises à l'ex-président Jacques Chirac et l'ex-Premier ministre Dominique de Villepin.

Interrogé par Europe 1, au lendemain de son interview retentissante au JDD, sur le montant de ce qui aurait circulé entre Paris et l'Afrique, Robert Bourgi s'est dit "incapable" d'en estimer le total sous les présidents Pompidou, Giscard d'Estaing et Mitterrand.

 Mais, a-t-il ajouté, "j'évalue à 20 millions de dollars ce que j'ai remis à M. Chirac et Dominique de Villepin" entre 1997 et 2005.

Car selon lui, le système de financement politique occulte par des fonds africains dont il a avoué être un acteur sous Chirac a existé aussi sous les présidences précédentes, Pompidou, Giscard d'Estaing et Mitterrand.

Le créateur de la Françafrique Jacques Foccart, qu'il appelle son "maître", "m'a dit à moi que ces pratiques existaient même du temps de MM.Pompidou, Giscard d'Estaing et Mitterrand", a accusé M. Bourgi, tout en disant ne pas aimer faire "parler les morts".

"J'ai souvent croisé à Libreville M. (François) de Grossouvre, M. Roland Dumas", deux proches du président socialiste défunt, a encore glissé l'avocat franco-libanais.

Outre des mallettes débordantes de billets, il a affirmé avoir transporté des "cadeaux" de chefs d'Etat africains destinés à M. Chirac et à celui qui fut son secrétaire général à l'Elysée et son ministre.

"Comme le président Bongo (Omar Bongo, défunt président gabonais, ndlr) et les dirigeants africains savaient qu'il aimait l'art africain et qu'il était un admirateur de l'empereur", M. de Villepin "recevait des bustes de l'empereur, des pièces rares qui concernent l'empereur Napoléon et des masques africains", a détaillé M. Bourgi sur Europe 1.

"Je souhaite qu'on les retrouve et d'ailleurs, il y a deux ans, il me semble que Dominique de Villepin a fait procéder à une vente", a-t-il dit.

Dans le Journal du Dimanche, l'avocat avait déjà évoqué ces "cadeaux" : "je me souviens d'un bâton de maréchal d'Empire qui avait été offert par Mobutu", défunt président zaïrois.Il s'est souvenu aussi d'une montre "offerte par Bongo" à Chirac "qui devait réunir environ 200 diamants.

"Un objet splendide, mais difficilement portable en France", avait noté M. Bourgi.

Jacques Chirac et Dominique de Villepin ont annoncé chacun qu'ils déposeraient plainte contre l'avocat.

M. Bourgi a cependant admis lundi n'avoir "aucune preuve" des accusations qu'il lance."Je n'ai aucune preuve, dans ce domaine-là, il n'y a aucune preuve, aucune trace".

"J'ai agi en mon nom personnel, personne ne m'a dicté cette interview", a répété M. Bourgi qui dit avoir assisté à "trop de choses ignobles".

"Je veux une France propre", a-t-il tonné.