France: un universitaire jugé pour avoir aidé des migrants, "prêt à le refaire"

23 septembre 2020 à 9h27 par AFP

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L'enseignant-chercheur français Pierre-Alain Mannoni, jugé en appel mercredi à Lyon (centre-est) pour avoir transporté trois Erythréennes en 2016, a estimé que son geste était devenu "un symbole", qui "n'était pas condamnable", et s'est dit prêt "évidemment" à le refaire.

"J'ai bien conscience que la cause que je défends par l'action simple et évidente que j'ai faite est devenue un symbole. C'est devenu un symbole parce que cela a été poursuivi par les autorités", a déclaré à la presse l'universitaire de 49 ans, avant l'audience, en évoquant son aide aux jeunes migrantes. "Je l'ai fait. J'étais content de montrer l'exemple à ma fille. Je n'arrive pas à imaginer comment j'aurais pu assumer d'abandonner ces jeunes femmes à leurs souffrances physiques et psychologiques dans lequel elles étaient. Donc évidemment, je le referais", si l'occasion se présentait à nouveau, a poursuivi M. Mannoni.Le 18 octobre 2016, ce père de famille, spécialiste en écologie marine, avait été interpellé au péage de La Turbie, près de Menton (sud-est), avec dans sa voiture trois Érythréennes "blessées" venues d'Italie qu'il emmenait depuis un squat à son domicile pour les héberger une nuit avant de les conduire à la gare de Cagnes-sur-Mer pour qu'elles puissent être soignées dans la grande ville de Marseille. "C'est un geste qui n'est pas condamnable d'un point de vue du droit naturel, du droit français et européen", a estimé M. Mannoni, attendu en début d'après-midi devant la Cour d'appel de Lyon, où une manifestation de soutien doit l'accueillir.Ce nouveau procès pour aide au séjour et à la circulation d'étrangers en situation irrégulière nourrit les espoirs des militants de l'aide aux migrants après la reconnaissance du "principe de fraternité" par la Cour constitutionnelle, saisie fin 2018 par M. Mannoni et par Cédric Herrou, un agriculteur de la vallée de La Roya, située dans la même région, tous deux condamnés pour des faits similaires.Quelques mois plus tard, la Cour de cassation avait annulé les peines des deux hommes et renvoyé ces affaires devant la cour d'appel de Lyon."Le principe de Fraternité, oui c'est une victoire dans ce parcours judiciaire !", a conclu M. Mannoni, qui s'attend à la relaxe comme à Nice en première instance en janvier 2017. Il avait été ensuite condamné quelques mois plus tard à deux mois de prison avec sursis par la Cour d'appel d'Aix-en-Provence et s'était pourvu en Cassation.