Gambie: deux soldats condamnés à 3 ans de prison pour avoir évoqué le renversement du président

7 août 2019 à 15h15 par AFP

AFRICA RADIO

Deux soldats gambiens ont été condamnés mercredi à trois ans de prison par une cour martiale pour avoir évoqué le renversement du président Adama Barrow, a-t-on appris auprès de l'armée et de leurs avocats.

"Les deux soldats ont été reconnus coupables et condamnés à trois ans d'emprisonnement pour diverses activités criminelles", a déclaré à l'AFP Lamin Sanyang, porte-parole de l'armée gambienne.Parmi ces activités, la création d'un groupe WhatsApp appelé "Les vrais amis" sur lequel ils sont accusés d'avoir échangé en juillet 2017 avec d'autres membres de l'armée gambienne en vue de renverser le président Adama Barrow, élu quelques mois auparavant.Ils se trouvaient alors au Darfour (Soudan), au sein d'une mission de maintien de la paix de l'ONU et avaient été arrêtés à leur retour en Gambie en mars 2018, puis présentés devant la Cour martiale de Yundum, près de Banjul, en novembre 2018.Les deux soldats, Sulayman Badjie et Lamin Kujabi, ont en outre été chassés de l'armée, selon leurs avocats, qui étudient la possibilité de faire appel de leur condamnation.Pendant la durée de leur procès, les deux prévenus étaient incarcérés dans une caserne, mais leurs avocats espèrent qu'après leur condamnation, ils seront transférés dans une prison civile.Fin mai, sept militaires gambiens avaient déjà été condamnés à 9 ans de prison et un autre à 3 ans pour tentative de coup d'Etat et mutinerie contre le président Barrow, quelques mois après le départ forcé de son prédécesseur Yahya Jammeh, qui a dirigé son pays d'une main de fer pendant 22 ans.Parvenu au pouvoir par un putsch sans effusion de sang en 1994, Yahya Jammeh s'était fait élire et réélire sans interruption jusqu'à sa défaite en décembre 2016 face à l'opposant Adama Barrow.Après six semaines d'une crise à rebondissements provoquée par son refus de céder le pouvoir, il a finalement dû quitter le pays à la suite de l'intervention militaire ouest-africaine et d'une ultime médiation guinéo-mauritanienne. Il vit aujourd'hui en exil en Guinée équatoriale.Les défenseurs des droits de l'homme, qui réclament son extradition, ont accusé son régime de tortures systématiques d'opposants et de journalistes, d'exécutions extrajudiciaires, de détentions arbitraires, de disparitions forcées et de viols.Une Commission vérité et réconciliation a vu défiler depuis janvier des victimes et recueilli les aveux d'anciens hommes de main de Yahya Jammeh, qui ont reconnu avoir commis des dizaines d'assassinats sous ses ordres.