Guinée-Bissau: législatives après plus de trois ans de crise au sommet de l'Etat

8 mars 2019 à 18h37 par AFP

AFRICA RADIO

Les Bissau-Guinéens élisent dimanche leur Assemblée nationale pour tenter de dénouer  une crise de plus de trois ans entre le président José Mario Vaz et le parti majoritaire dans cette ancienne colonie portugaise d'Afrique de l'Ouest particulièrement pauvre et instable.

La campagne qui s'achevait vendredi, observée avec inquiétude par la communauté internationale, s'est déroulée dans un climat de méfiance en particulier autour de la révision des listes électorales.

Quelque 760.000 inscrits sont appelés aux urnes de 07H00 (GMT et locales) à 19H00 pour un scrutin à la proportionnelle à un tour, avec pour la première fois un minimum de 36 % de femmes candidates sur les listes des 21 partis en lice.Les premiers résultats sont attendus 48 heures plus tard.

Les Bissau-Guinéens et la communauté internationale espèrent que ce vote permettra de sortir le pays de la paralysie.

La crise au sommet de l'Etat a éclaté en août 2015 lorsque le président Vaz a limogé son Premier ministre Domingos Simoes Pereira, chef du Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), la formation historique qui domine la vie politique depuis l'indépendance en 1974, à laquelle M. Vaz appartient également.

Jusqu'à la désignation en avril 2018 d'un Premier ministre de consensus, les travaux du Parlement ont été interrompus pendant deux ans, empêchant le vote du budget, et retardant encore le paiement des fonctionnaires, souvent à l'origine de grèves dans ce pays en permanente précarité financière.

Le PAIGC (actuellement 42 sièges sur 102), le Madem-G15, formé par 15 députés de l'ex-parti unique qu'ils ont amputé de sa majorité, et le Parti du renouveau social (PRS, 41 sièges), réputé proche d'une partie de la hiérarchie militaire, espèrent s'imposer, le Premier ministre étant issu de la formation victorieuse dans ce régime parlementaire.

Bissau vivait les dernières heures de la campagne dans une atmosphère festive, avec banderoles, affiches et musique à fond, notamment devant l'imposant siège du PAIGC, en face du palais présidentiel.

Durant cette semaine d'effervescence, une dizaine de personnes ont péri dans des accidents - dont sept passagers d'un car qui a pris feu vendredi dans le nord après avoir heurté un véhicule du PAIGC, selon un dernier bilan officiel.

- Présidentielle à l'horizon -

Responsable dans un hôtel, Abdoulaye Baldé, 45 ans, marié à deux femmes, se dit certain de la victoire du PAIGC "qui a un bon programme pour le développement et la paix".

Mais Fernando Cabral, musicien, guitariste et chanteur de 46 ans, croit au changement avec le Madem: "Le PAIGC a fait beaucoup d'années au pouvoir mais il n'y a pas d'écoles, pas de travail".

Selon Quintino da Silva, un fonctionnaire né en 1977, c'est plutôt le PRS qui permettra à la Guinée-Bissau de rattraper son retard sur les pays voisins.

Les tensions à la tête de l'Etat inquiètent d'autant plus la communauté internationale que l'élection de M. Vaz avait marqué un retour progressif à l'ordre dans ce pays caractérisé par l'instabilité --avec des tentatives de putsch à répétition -- qui a favorisé l'implantation de narcotrafiquants sous la protection de hauts gradés.

Le Conseil de sécurité de l'ONU a déploré le 28 février "les répercussions néfastes que la récente crise politique et institutionnelle a eues sur les progrès réalisés depuis le retour à l'ordre constitutionnel après les élections de 2014".

Un accord conclu le 14 avril 2018 à Lomé sous l'égide de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) a finalement abouti à la désignation d'un Premier ministre de consensus, Aristide Gomes, chargé d'organiser les élections législatives.

Initialement fixé au 18 novembre, le scrutin a été reporté au 10 mars en raison de difficultés politiques et techniques, notamment dans l'enregistrement des électeurs, au cours d'un processus émaillé d'irrégularités, selon plusieurs partis, dont le PRS, qui ont menacé de ne pas reconnaître les résultats si ces problèmes n'étaient pas réglés.

Dans sa résolution, le Conseil de sécurité salue la signature par la quasi totalité des partis d'un "code de bonne conduite", ainsi que la "retenue", des forces armées, insistant sur la nécessité qu'elles "continuent de s'abstenir de toute ingérence dans la situation politique".

Un succès du PAIGC pourrait conduire à un nouveau bras de fer avec M. Vaz, alors qu'une élection présidentielle doit également se tenir d'ici la fin du premier semestre.

"Rien ne dit que ces élections permettront de résoudre les problèmes qui minent le pays", prévenait en décembre le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, rappelant que la future révision de la Constitution appuyée par la communauté internationale vise à clarifier les rôles respectifs des deux têtes de l'exécutif.