Guinée-Bissau: nouveaux appels au calme avant les résultats de la présidentielle

Par La rédaction

BISSAU (AFP) - (AFP)

L'assassinat d'un ex-responsable militaire dimanche, jour de la présidentielle en Guinée-Bissau, a ravivé les inquiétudes pour la stabilité de ce pays au passé agité et suscitait mardi de nouveaux appels au calme et au respect des résultats officiels du scrutin, encore inconnus.

Lundi soir, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a condamné l'assassinat du colonel Samba Djalo, abattu à Bissau dans la rue, en face de son domicile, par des hommes armés et en tenue militaire dimanche soir, après la fin du vote pour le premier tour de l'élection présidentielle qui opposait neuf candidats.

Selon sa famille, l'officier doit être inhumé mardi après-midi.Une enquête a été ouverte lundi sur sa mort, a affirmé à l'AFP le procureur général de la République, Edmundo Mendes.

Le chef de l'ONU a souhaité que des mesures soient prises pour traduire en justice les responsables de l'assassinat de Djalo, et réitéré "son appel aux candidats et à leurs partisans à continuer de respecter les lois en vigueur", en leur demandant "de s'abstenir de tout acte susceptible d'entraver le processus (électoral) et de respecter les résultats officiels qui seront annoncés par la Cour suprême" à une date encore non connue.

Aucune estimation n'a été officiellement communiquée et les premières tendances fermes ne seront disponibles que le 24 ou le 25 mars, a indiqué lundi à la presse le président de la Commission nationale des élections (CNE), Desejado Lima da Costa.

Des indications parcellaires de médias locaux, analystes et diplomates placent en tête l'ex-Premier ministre Carlos Gomes Junior, 62 ans (parti au pouvoir), l'ex-président Kumba Yala, 59 ans (opposition) et le député Manuel Serifo Nhamadjo, 54 ans (indépendant, dissident du parti au pouvoir).L'ex-président de transition Henrique Rosa, 66 ans (indépendant) serait probablement classé quatrième, d'après ces données officieuses.

un scrutin qui devrait "ouvrir la voie" à des réformes

L'armée a assuré qu'elle n'était pas impliquée dans l'assassinat du colonel Djalo qui, selon le président de la CNE, n'a "rien à voir avec le processus électoral".Un avis partagé mardi par l'analyste Etchen Sambu, ex-responsable de la société civile

"Il est vrai que le processus a été entaché" par cette affaire, "mais ce meurtre n'a rien à voir avec cette élection.(...) Il est fort possible que ce soit lié à un trafic de drogue, une vengeance ou pour effacer des pistes" dans des assassinats politiques en 2009, a affirmé à l'AFP M. Sambu, soulignant que l'officier tué était une personnalité controversée.

Le colonel Djalo avait été arrêté avec d'autres chefs militaires en avril 2010, dans le cadre d'un conflit au sein de la hiérarchie militaire.Et il a été cité - et entendu par le procureur Mendes - dans des enquêtes sur les assassinats de responsables politiques et militaires en mars et juin 2009, qui n'ont jamais été élucidés.

La Guinée-Bissau, ex-colonie portugaise de 1,6 million d'habitants, est déstabilisée depuis son indépendance, en 1974, par des coups de force et des violences dans lesquels les militaires sont des acteurs de premier plan.

Cette instabilité politique chronique est renforcée par les trafiquants de drogue qui l'utilisent comme point de passage entre l'Amérique du Sud et l'Europe.

Si la mort de Samba Djalo a terni le déroulement de l'élection, le scrutin a été jugé libre, équitable et transparent par les observateurs de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), de l'Union africaine (UA) et de la Communauté des pays de langue portugaise (CLPL).

Le chef de la mission de la Cédéao, Salou Djibo, a décliné tout commentaire sur cet assassinat, en souhaitant que le scrutin ouvre "la voie à l'approfondissement des réformes politiques, économiques et sécuritaires nécessaires au développement" de ce pays lusophone aux potentialités économiques considérables mais dont les deux-tiers de la population sont pauvres.

Un probable second tour se tiendrait le 22 ou le 29 avril, d'après une source à la CNE.