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Guinée: des funérailles aux airs de rassemblement anti-Condé

03 juillet 2020 à 16h13 Par AFP
Des centaines de Guinéens ont accompagné vendredi au cimetière les dépouilles de huit hommes tués par les forces de sécurité, selon l'opposition au président Alpha Condé, au cours du premier rassemblement anti-régime depuis des semaines, a constaté un correspondant de l'AFP. Avec la pandémie de coronavirus, le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), collectif de partis, de syndicats et de membres de la société civile, a suspendu depuis trois mois les manifestations auxquelles il appelait régulièrement pour faire barrage à un éventuel troisième mandat du président Condé.Le FNDC a décidé de reprendre la mobilisation et avait appelé à suivre ce vendredi les funérailles de huit hommes tués par les forces de sécurité entre janvier et mars en lien avec le mouvement anti-Condé selon lui. Des dizaines de civils ont été tuées depuis mi-octobre et le début du mouvement, à plusieurs reprises sévèrement réprimé.Les autorités avaient refusé jusqu'à présent de restituer les corps de ces hommes, dont trois n'avaient pas plus de 17 ans.Les autorités ont finalement fait déposer les dépouilles à la morgue de l'hôpital de l'Amitié sino-guinéenne où les parents et les proches sont venus les récupérer. Des centaines de personnes ont ensuite suivi les corps jusqu'au cimetière de Bambeto, où sont déjà enterrés des dizaines de personnes tuées au cours de manifestations ces dernières années."Nous sommes en train d'enterrer encore des victimes de la répression aveugle du régime. Malgré tout, on ne reculera pas", a déclaré au cimetière l'un des leaders de l'opposition, Cellou Dalein Diallo.Le FNDC appelle à manifester le 20 juillet pour empêcher un troisième mandat de M. Condé.Le mandat de M. Condé, 82 ans, élu en 2010 et réélu en 2015, arrive à échéance à la fin de l'année. L'opposition est convaincue qu'il briguera sa propre succession. Elle a vainement tenté de s'opposer à une nouvelle Constitution que M. Condé a soumise le 22 mars à référendum et dans laquelle elle dénonce un subterfuge pour remettre le compteur présidentiel à zéro afin de se représenter.M. Condé, ancien opposant historique devenu premier président démocratiquement élu après des décennies de régimes autoritaires, entretient l'ambiguïté sur ses ambitions personnelles.