Guinée: des opposants et des gendarmes blessés lors de heurts à Conakry

11 mai 2012 à 7h31 par La rédaction


CONAKRY (AFP) - (AFP)

Vingt-quatre opposants ont été blessés, dont l'un grièvement par balle, selon des sources hospitalières, et 17 gendarmes selon la télévision nationale, jeudi à Conakry en marge d'une manifestation ayant rassemblé des milliers de personnes.

"Nous avons reçu quinze blessés lors de la manifestation de l'opposition.Tous l'ont été à coups de crosses de fusils", et souffrent de plaies et de traumatismes à la tête, a affirmé Ibrahima Baldé, directeur de la clinique "Mère et enfants" de Conakry.

Selon lui, certains blessés "ont perdu connaissance dans la clinique et d'autres risquent d'avoir des complications neurologiques".Ces quinze blessés ont tous été hospitalisés.

L'hôpital public Donka de la capitale a soigné quatre personnes victimes de "blessures légères provoquées par des matraques", a indiqué un médecin.

Dans une autre clinique un responsable a déclaré avoir reçu cinq blessés, dont l'un grièvement atteint par une balle "dans la colonne vertébrale".

Ces opposants ont été blessés dans des heurts avec les forces de l'ordre alors qu'ils se rendaient à un rassemblement de l'opposition.Aux gaz lacrymogènes lancés par les forces de l'ordre, ils ont riposté par des jets de pierres.

La télévision guinéenne a annoncé dans la soirée que "17 gendarmes ont été blessés par des jets de pierres des militants de l'opposition au cours de leur marche dite pacifique".Des images ont montré des gendarmes soignés à la clinique du camp militaire Samory Touré, siège de l'état-major des armées.

Plusieurs leaders d'opposition, dont le principal d'entre eux, Cellou Dalein Diallo, ont participé au rassemblement sur une grande esplanade de Conakry pour réclamer des législatives "libres et transparentes".

"Aujourd'hui, ce sont les Guinéens qui se sont exprimés contre la volonté du président Alpha Condé de vouloir truquer les élections législatives qu'il ne pourra pas gagner dans la transparence", a déclaré M. Diallo qui a évalué la foule à "50.000, 60.000 personnes, et même plus".

Sydia Touré, autre leader d'opposition, a affirmé: "malgré toutes les tentatives d'intimidation, vous avez tenu"."La Guinée n'appartient pas qu'à un seul individu, elle appartient à plus de 12 millions de personnes", a-t-il ajouté.

Les opposants ont réussi à paralyser la ville de Conakry entre 09H00 (locales et GMT) et 16H30 et, par crainte de violences, de nombreuses boutiques, écoles et stations-essence avaient préféré fermer.

L'opposition avait annoncé lundi l'organisation, à partir de jeudi, de manifestations régulières pour exiger "un dialogue franc" avec le pouvoir du président Alpha Condé sur la tenue d'élections législatives transparentes.

Mais jeudi soir, le ministre guinéen de l'Administration du territoire (Intérieur), Alhassane Condé, a prévenu à la télévision que "si demain (vendredi) quelqu'un sort pour manifester, il trouvera l'Etat en face de lui".

"Désormais, l'Etat fera respecter l'ordre et la discipline", a-t-il ajouté en demandant "aux forces de l'ordre de se mobiliser pour faire face à toute manifestation qui ne soit autorisée", et aux maires des cinq communes de Conakry "d'empêcher par tous les moyens tout attroupement dans leurs quartiers" vendredi.

Le parti au pouvoir, le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), avait lui appelé l'opposition à bannir la violence pour préserver les acquis démocratiques.

Le 27 avril, évoquant des "problèmes techniques", le chef de l'Etat a annoncé le report sine die des législatives prévues le 8 juillet mais déjà plusieurs fois reportées.Elle devaient initialement se tenir au premier semestre 2011.

Les dernières législatives remontent à juin 2002, à l'époque du régime du président Lansana Conté, décédé en décembre 2008 après 24 ans au pouvoir.

Un Conseil national de transition (CNT) fait actuellement office de Parlement.Il a été mis en place début 2010, durant la transition militaire conduite par le général Sékouba Konaté, qui a cédé le pouvoir à Alpha Condé à l'issue de la présidentielle de 2010.