Guinée: une quarantaine de blessés lors d'une marche d'opposants à Conakry

Par La rédaction

CONAKRY (AFP) - (AFP)

Une manifestation d'opposants guinéens exigeant l'organisation d'élections législatives libres et transparentes en mai, a dégénéré mercredi à Conakry en violents affrontements qui ont fait au moins 43 blessés dont 18 membres des forces de l'ordre.

Ces affrontements font resurgir la crainte d'une campagne électorale agitée dans un pays à l'histoire marquée par les violences politiques et militaires, où les manifestations de l'opposition sont le plus souvent durement réprimées.

"Au moins 25" opposants "ont été blessés lorsque les forces de police ont utilisé du gaz lacrymogène pour disperser les manifestants", a déclaré à l'AFP un responsable de l'opposition, Almamy Soumah.

Il a affirmé que ces manifestants voulaient "venger un des leurs arrêté, séquestré puis battu par des policiers devant le siège du RPG", le Rassemblement du peuple de Guinée (au pouvoir).

Un communiqué signé du porte-parole du gouvernement, Albert Damantang Camara, a fait état d'au moins "18 membres des forces de l'ordre blessés, dont un cas jugé préoccupant, lorsque les manifestants ont jeté des pierres sur eux".Le gouvernement a déploré ces incidents et appelé la population au "calme, au civisme, au sens de(s) responsabilité(s)".

L'ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo, un des principaux opposants, battu par Alpha Condé au deuxième tour de la présidentielle de novembre 2010, a estimé que "la marche pacifique a été interrompue par les loubards du RPG avec la complicité des forces de l'ordre".

"Nous voulons mettre fin à la dictature d'Alpha Condé", a-t-il poursuivi, à la fin de la manifestation organisée dans la banlieue de la capitale.

"Ramener la confiance"

De son côté, Albert Damantang Camara a souhaité que "le débat se déplace de la rue vers un cadre plus approprié.Le chef de l'Etat a demandé une rencontre avec les leaders politiques.Nous souhaitons qu'au cours de cette rencontre un certain nombre d'incompréhensions (soient levées) et des solutions trouvées", en vue de "ramener la confiance autour du processus électoral".

Le président Condé, a invité les partis, syndicats, et organisations de la société civile à une rencontre lundi sur les législatives.

La marche, qui a réuni des milliers de personnes, était organisée pour réclamer la transparence et l'équité à ce scrutin prévu le 12 mai, l'opposition craignant des fraudes organisées par le pouvoir.

Les manifestants ont déployé sur le passage du cortège des banderoles sur lesquelles on pouvait lire "Oui à des élections libres et transparentes", "Mobilisons-nous pour chasser Alpha (Condé) et WayMark", l'opérateur sud-africain retenu pour la révision du fichier électoral et contesté par les opposants.

Des partis d'opposition avaient annoncé samedi qu'ils boycottaient le processus de préparation des législatives pour dénoncer l'absence de dialogue avec le pouvoir et la commission électorale.Ils entendent toutefois participer au scrutin.

L'opposition guinéenne avait déjà organisé le 18 février une marche qui avait également mobilisé des milliers de personnes pour exiger que ces législatives, attendues depuis 2011 et repoussées plusieurs fois, soient libres.

Elle compte poursuivre sa mobilisation en organisant jeudi une journée "villes mortes" dans tout le pays.

La date du 12 mai retenue pour les législatives doit encore être confirmée par décret présidentiel avant le 4 mars.

Les dernières élections législatives en Guinée remontent à juin 2002, sous la présidence du général Lansana Conté, décédé en décembre 2008 après 24 ans au pouvoir.C'est actuellement un Conseil national de transition (CNT, non élu) qui fait office de Parlement.