Inquiétude pour les ministres du gouvernement déchu en Guinée-Bissau

Par La rédaction

BISSAU (AFP) - (AFP)

 L'inquiétude montait samedi pour les membres du gouvernement déchu en Guinée-Bissau après le coup d'Etat et l'arrestation des deux têtes de l'exécutif par les putschistes, qui tentaient de mettre en place un gouvernement d'"union" avec l'ex-opposition.

Depuis Lisbonne, où se réunit la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP), le ministre des Affaires étrangères du cabinet renversé, Mamadou Djalo Pires, a affirmé que ses collègues, "réfugiés quelque part", "sont en danger de mort".

"Les persécutions se poursuivent", a-t-il affirmé.Le "commandement militaire" désormais aux commandes à Bissau a appelé les ex-ministres à se rendre à l'état-major où il est basé.

La vie avait repris son cours normal dans les quartiers populaires et le centre de Bissau.Les militaires étaient peu visibles, sauf devant les édifices publics et le siège du parti au pouvoir jusqu'au coup de jeudi, le Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC).

 Des dirigeants des principaux partis d'opposition devaient se rencontrer dans l'après-midi pour évoquer la mise en place d'un gouvernement auquel ne participera le PAIGC.

Les leaders du PAIGC qui dirige le pays depuis près de dix ans ont été arrêtés ou sont en fuite.

Parmi les personnalités arrêtées, se trouvent Raimundo Pereira, président de la République par intérim, ainsi que le Premier ministre Carlos Gomes Junior, candidat du PAIGC et favori du second tour de la présidentielle qui était prévu le 29 avril.

Le chef d'état-major de l'armée, le général Antonio Indjai, a également été arrêté.

Les putschistes, conduits par le vice-chef d'état-major, le général Mamadu Turé Kuruma, et les patrons de l'armée de Terre, de l'Air et de la Marine, ont justifié le coup en dénonçant "un accord secret" qui aurait été passé entre la hiérarchie militaire, l'exécutif et l'Angola, en vue de marginaliser l'armée au profit des soldats angolais présents en Guinée-Bissau.

La réunion des leaders des partis d'opposition à l'Assemblée se tient au lendemain d'une première rencontre avec les responsables du putsch, qui ont fait savoir qu'ils s'adjugeaient par avance les postes-clés de la Défense et de l'Intérieur dans le futur gouvernement.

Le coup d'Etat est intervenu à deux semaines du second tour de la présidentielle qui devait opposer Carlos Gomes Junior au principal leader d'opposition, Kumba Yala, arrivé deuxième au premier tour du 18 mars.

Très vite M. Yala, ancien président (2000-2003) dont le mandat avait été interrompu par un des innombrables coups d'Etat ayant jalonné l'histoire de la Guinée-Bissau depuis son indépendance du Portugal en 1974, avait dénoncé des "fraudes" et annoncé qu'il n'irait pas au second tour.

Ce pays de 1,6 million d'habitants est abonné aux violences politico-militaires et est devenu depuis quelques années une plaque tournante du trafic de drogue entre Amérique du Sud et Europe.

L'Union africaine (UA) et le reste de la communauté internationale ont dénoncé le coup d'Etat, réclamé le retour à l'ordre constitutionnel et la libération des détenus politiques.

Les Etats-Unis ont mis en garde leurs ressortissants se trouvant en Guinée-Bissau contre des "épisodes de violence" possibles et incité ceux qui comptaient s'y rendre à "bien évaluer la situation".

Preuve de l'instabilité de cette région, le coup d'Etat à Bissau est le second en moins d'un mois en Afrique de l'Ouest, après celui du 22 mars à Bamako où, sous la pression des pays voisins, les putschistes maliens ont finalement accepté de rendre le pouvoir aux civils.