JDA du Mercredi 14 Décembre 2011

Par La rédaction

AFRIQUE : Une gambienne, Fatou BENSOUDA, élue procureure de la Cour Pénale Internationale (CPI) de La Haye. Elle devra composer avec un élément de plus en plus patent : la chasse aux criminels de guerre devient un enjeu éminemment politique : l'UA qui protège le président BECHIR du Soudan du nord, la problématique autour du transfèrement de Laurent GBAGBO à La Haye, l'impunité rampante de nombreux politiciens qui devraient visiblement se trouver dans les geôles de la CPI, les Africains qui sont convaincus que la CPI a été créée pour eux, etc. Qui est Fatou BENSOUDA ? Comment fonctionne la CPI ? Comment regarde-t-on la CPI depuis l'Afrique ?POUR EN PARLER :_ Kapi CAMARA, responsable d'un groupe de presse à Conakry, observateur de la vie africaine_ Me DAOUDA DIOP, avocat à la Cour, bâtonnier à Reims, en mission à Dakar_ Philippe PERDRIX, Rédacteur en Chef adjoint de l'Hebdomadaire �??'JEUNE AFRIQUE'' _ �?�La magistrate gambienne est moins connue que celui qu'elle va remplacer, Luis MORENO OCAMPO. Ce manque de visibilité est-elle une faiblesse dans sa prestance à la CPI ?_ �?�Les Africains dans leur grande majorité sont convaincus que la CPI a été faite pour les Africains. Est-ce vrai ?_ �?�Une procureure noire à la tête de la CPI serait-elle moins regardant vis-à-vis des Chefs d'Etat africains ?_ �?�La CPI est-elle une institution raciste dirigée contre les Noirs ?_ �?�Pourquoi la CPI n'a prononcé à ce jour aucune condamnation ?_ �?�Les dossiers « lourds » comme le cas BECHIR, le fils de Kadhafi et surtout le cas GBAGBO seront traités cette nouvelle procureure. N'est-ce pas une passation plus que délicate ?Procureur général de la Cour pénale internationale (CPI). Actuellement l'un des postes les plus difficiles et délicats qui soient. Mais aussi "le meilleur travail du monde", selon le procureur actuel, Luis Moreno-Ocampo.Tout semble indiquer que la Gambienne Fatou Bensouda prendra son relai au mois de juin prochain. Elle continuera le travail qu'elle a commencé en arrivant à la CPI en 2004 : les dossiers africains.Fatou Bensouda, 50 ans, a reçu deux cadeaux cette semaine. Jeudi, elle était annoncée comme candidate favorite au poste le plus illustre de la Cour pénale internationale.Mais auparavant : le transfert de Laurent Gbagbo lundi à La Haye, qui est le fruit d'une enquête intensive menée cette année en Côte d'Ivoire. L'ancien président de la Côte d'Ivoire et Bensouda se croiseront lundi dans une des trois salles d'audience de la Cour. Elle l'accueillera dans le calme.L'Afrique, terrain de jeu de la CPILes rumeurs planent depuis un certain temps déjà : le nouveau visage de la Cour sera africain. Il ne pouvait pas en être autrement : l'Afrique est le terrain de jeu du droit international et la Cour pénale internationale est le théâtre de la justice.La majorité des dossiers de la CPI sont africains. Pour cette raison, la Cour a été accusée de colonialisme juridique et de décisions arbitraires. Bensouda devra redresser cette image négative.Son prédécesseur Moreno-Ocampo avait parfois du mal à faire la promotion de la mission de la CPI : poursuivre les suspects de génocide, de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité.Bensouda, qui maitrise le français et l'anglais, s'exprime plus aisément que le maladroit et mégalomane Ocampo, qui a des manières parfois chaotiques.Un choix pour la continuitéLa Cour deviendra certainement plus sérieuse avec la pragmatique et juridique Bensouda. C'est également le souhait des pays membres (pays ayant ratifié le Traité de Rome, traité fondateur de la CPI, entré en vigueur en 2002 - ndlr) : une juriste modeste, qui fait son travail sans trop d'éclaboussures.Un choix pour Bensouda est un choix pour la continuité : elle connaît les dossiers et la pratique de La Haye comme personne. La Gambienne, qui a été ministre de la Justice de la Gambie et directrice d'une banque, est arrivée en 2004 à La Haye. Depuis lors, elle a travaillé aux côtés d'Ocampo sur les premières investigations et la préparation des premiers procès de la Cour.Elle était responsable des enquêtes préliminaires en Côte d'Ivoire, en Guinée et au Nigeria. Pour Bensouda, ces dossiers n'ont pas de secret. Elle connaît les dossiers, mais également les principaux acteurs. C'est primordial, étant donné que la politique l'emporte parfois sur le droit chez un procureur-général.Africaine, un atout ?Mais Mme Bensouda, qui était candidate unique des 120 �?tats-membres, veut croire que son origine sera un atout."Je ne pense pas aux dirigeants que nous poursuivons", disait-elle récemment lors d'un entretien à La Haye où siège la CPI. "Je travaille pour les victimes d'Afrique, elles sont africaines comme moi, voilà d'où je tire ma fierté et mon inspiration".Nombreux sont pourtant les observateurs qui voient une très forte politisation de l'institution, qui est devenue sujette, selon eux, à une pression dont Fatou Bensouda aura du mal à se soustraire.Richard Dicker, directeur du programme "Justice internationale" de l'ONG Human Rights Watch, juge que la toute jeune CPI, créée en 2002, "a pris, en dix ans, une envergure nouvelle sur la scène internationale"."Si certains gouvernements reconnaissent le rôle de la CPI dans les crises et conflits, d'autres ont tenté d'utiliser la Cour (...) à des fins politiques", note-t-il.Africaine, un obstacle ?L'origine africaine de Fatou Bensouda risque de jouer contre elle et pourrait écorner l'image de la Cour sur le continent noir, avance Stephen Lamony de l'ONG Coalition pour la Cour pénale internationale.Certains pays africains ont tenté de pousser le Conseil de sécurité de l'ONU à suspendre les poursuites contre Omar el-Béchir, le président soudanais sous le coup d'un mandat d'arrêt de la CPI pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité au Darfour. De son côté, le Kenya fait campagne contre l'enquête lancée sur les violences post-électorales de 2007-2008.(afp)