Jean-Michel Quillardet sur Africa N°1: « Il faut mettre un terme à la « framaçonafrique » »

Par La rédaction

La Franc-maçonnerie en France, en Belgique et à fortiori en Afrique est sujette à tous les fantasmes et toutes les inquiétudes. On lui prête ici ou là des accointances avec le pouvoir, la justice, les réseaux financiers quand ce ne sont pas des soupçons de sorcellerie ou de magie noire. A la décharge des suspicieux, le côté obscure des rites et autres initiations ne plaide pas en faveur de l'ordre maçonnique. Mais au-delà des errements complotistes il y a bien une réalité problématique dans l'existence de nombreuses loges dissociées des loges premières et qui servent avant tout le pouvoir. A peine élu à la présidence du Gabon après la mort de son père Omar Bongo, Ali Bongo était fait grand maitre de la loge gabonaise des Franc-Maçons. Témoignage de Jean-Michel Quillardet, Président de l'Observatoire de la laïcité et ancien Grand Maître du Grand Orient de France, de 2005 à 2008 sur Africa N°1« Il y a eu en Afrique une déviation des idées maçonniques. La franc-maçonnerie, ce n'est pas une religion. C'est une histoire, une mémoire, des gens qui se réunissent pour porter l'héritage des lumières. C'est se retrouver pour penser, penser la complexité du monde mais également se former. C'est une grande Université populaire. En Afrique un certain nombre de gens ont utilisé la franc-maçonnerie, d'abord avec le colonialisme pour créer des réseaux, essayer d'établir des pouvoirs locaux et au fil du temps en Afrique ont été créés de nouvelles obédiences maçonniques qui n'en n'ont que le nom. Certaines de ces obédiences sont instrumentalisées par les chefs d'Etat. Ces obédiences ont même pu renforcer les réseaux de ce que l'on appelle la françafrique. Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a dit lors de son discours de politique générale qu'il fallait mettre fin à cela, aujourd'hui il faut également mettre fin à la « franc-maçonnerie ».L'image de la franc-maçonnerie en Afrique est désespérante, vous savez il y a quand même beaucoup d'Africains qui sont dans des obédiences reconnues et qui sont des humanistes.Le problème est que de nombreux africains voient ça comme une espèce de société secrète, ils se disent qu'il se passe des choses qui ne sont pas claires et là nous avons une responsabilité de transparence, il faut que nous ouvrions nos portes, que l'on explique exactement ce qu'est la franc maçonnerie. Ce qu'est un rituel, ce qu'est une initiation, comment notre travail est organisé.Le rituel par exemple, n'a rien à voir avec la sorcellerie, c'est juste une manière de prendre du recul par rapport à une discussion pour aller dans le fond des choses en maitrisant ses passions. C'est une manière d'éviter les conversations style café du commerce. Fondamentalement la maçonnerie, c'est un combat pour l'émancipation et l'élévation des individus. Il n'y donc pas de maçonnerie africaine ou française, c'est quelque chose d'universel. Il y a des loges du Grand Orient de France au Sénégal, au Bénin etc�?� qui �?uvrent pour une meilleur compréhension de la franc-maçonnerieNous pourrons avoir une véritable maçonnerie africaine, une maçonnerie humaniste, lorsque les pays africains auront réalisé une véritable transition démocratique Aujourd'hui la franc-maçonnerie est en pointe sur des sujets de société tels que la laïcité, la bioéthique ou encore les libertés individuelles. »