Kadhafi veut rester au pouvoir, les contestataires mobilisés dans la péninsule arabique

23 février 2011 à 11h50 par La rédaction

TRIPOLI (AFP)

Mouammar Kadhafi a affirmé qu'il resterait au pouvoir en Libye, en proie à des troubles depuis le 15 février, tandis qu'ailleurs au Moyen-Orient, notamment dans la péninsule arabique, les contestataires restaient mobilisés mercredi.

Les autorités libyennes ont fourni mardi soir pour la première fois un bilan officiel des victimes: 300 morts, dont 242 civils et 58 militaires selon des chiffres communiqués par le ministère de l'Intérieur. 

Les villes les plus touchées sont celles de l'Est, Benghazi (104 civils et 10 militaires), deuxième ville du pays et foyer de l'insurrection, Al-Baïda (18 civils et 63 militaires) et Derna (29 civils et 36 militaires).

  Dans la soirée, le ministre de l'Intérieur, Abdel Fatah Younes, s'est rallié à la cause du peuple qui réclame le départ du colonel Kadhafi, au pouvoir depuis bientôt 42 ans, selon des images diffusées par la chaîne qatarie Al-Jazira.

De hauts responsables libyens, ministres, diplomates ou militaires avaient déjà démissionné ou fait défection pour marquer leur opposition à la répression sanglante du mouvement de contestation entamé le 15 février.

Auparavant, Mouammar Kadhafi avait assuré dans un discours au ton belliqueux qu'il resterait en Libye en tant que "chef de la révolution", promettant qu'il se "battrait jusqu'à la dernière goutte de (son) sang". "Rendez vos armes immédiatement, sinon il y aura des boucheries", a-t-il lancé dans un discours télévisé enflammé de plus d'une heure, drapé dans une tunique marron et coiffé d'un turban de même couleur.

 Il a appelé la police et l'armée à reprendre la situation en main et assuré que tout manifestant armé méritait la "peine de mort".

Il a également appelé ses partisans à lui exprimer leur soutien mercredi en descendant dans la rue partout dans le pays.

Dans le Golfe, l'opposition a obtenu des avancées dans le petit royaume de Bahreïn, où la Ve Flotte américaine a son quartier général, au lendemain d'une grande manifestation à Manama réclamant des réformes ou la chute du gouvernement.Le roi a gracié et libéré mercredi matin 23 militants chiites poursuivis pour terrorisme.

Les partisans de la monarchie sunnite de ce royaume majoritairement chiite prévoient une manifestation dans l'après-midi.

Le roi, Hamad ben Issa Al-Khalifa, doit se rendre mercredi en Arabie saoudite, le jour même du retour du roi Abdallah, après trois mois d'absence pour raisons de santé.Depuis le début des troubles, Ryad a apporté un soutien sans faille à son voisin.

Plus au sud, au Yémen, des milliers de protestataires campaient mercredi à Sanaa, affirmant que la mort de deux d'entre eux lors d'une attaque des partisans du régime dans la nuit renforçait leur détermination à réclamer le départ du président yéménite Ali Abdallah Saleh.

Le Congrès Populaire Général (CPG, au pouvoir) a annulé, en raison de ces décès, une contre-manifestation prévue mercredi.

Au Kurdistan irakien, près de 4.000 manifestants ont dénoncé mardi la corruption et la mauvaise gouvernance, se rassemblant pour la cinquième journée à Souleimaniyeh, la seconde ville de cette région autonome.

A 50 km de là, à Halabja, au moins 27 personnes, dont 26 policiers, ont été blessées dans des affrontements entre des manifestants et les forces de sécurité, d'après une source médicale.

En Jordanie, l'opposition a annoncé une "journée de la colère" vendredi à Amman pour "dénoncer les violences et réclamer des réformes".Elle espère en faire la plus grande manifestation depuis le début du mouvement de contestation dans le royaume hachémite en janvier.

La contestation a fait des émules sur d'autres continents.Un nouvel appel a été lancé en Chine sur internet, inspiré par les mouvements dans le monde arabe, appelant à des rassemblements pacifiques tous les dimanches dans 13 villes pour demander plus de transparence du gouvernement et de liberté d'expression.