Kenya: 6 hauts responsables devant la CPI le 7 avril pour violences post-électorales

9 mars 2011 à 9h33 par La rédaction

LA HAYE (AFP)

Six hauts responsables kenyans, soupçonnés de crimes contre l'humanité lors des violences post-électorales fin 2007-début 2008, sont convoqués le 7 avril devant la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye, en vertu de citations à comparaître délivrées mardi.

Les juges ont ordonné la tenue de deux audiences de comparution initiale, auxquelles sont convoqués deux groupes de trois suspects, représentant les camps qui se partagent le pouvoir au Kenya.

Uhuru Kenyatta, vice-Premier ministre et ministre des Finances, Francis Muthaura, bras droit du président Mwai Kibaki, et Mohammed Hussein Ali, chef de la police à l'époque des faits, sont convoqués à 14H30 (13H30 GMT).

William Ruto, ministre de l'Enseignement supérieur suspendu, Henry Kosgey, ancien ministre de l'Industrialisation, et Joshua Arap Sang, présentateur de radio, proches du Premier ministre Raila Odinga, devront se présenter à 09H30 locales (08H30 GMT).

Ils ne font pas l'objet de mandats d'arrêt.Les juges ont précisé que des citations à comparaître leur semblaient suffisantes, rien n'indiquant que les suspects refuseraient de coopérer.

Le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, avait révélé le 15 décembre 2010 les noms de ces six suspects contre lesquels il avait demandé aux juges de délivrer des citations à comparaître.

Les juges lui ont donné gain de cause."Il y a des raisons raisonnables de croire que la responsabilité criminelle (...) peut être attribuée à ceux cités par l'accusation dans sa demande de poursuites pour crimes contre l'humanité", selon deux ordonnances publiées sur le site internet de la Cour.

Le gouvernement kényan a demandé au Conseil de sécurité de l'ONU de suspendre pendant un an la procédure devant la CPI visant six hauts responsables kenyans soupçonnés de crimes contre l'humanité, ont indiqué mardi des diplomates, selon lesquels le vice-président kényan Kalonzo Musyoka a rencontré à cet effet le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon.

Mais la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis ont fait savoir qu'une telle suspension ne serait pas appropriée, a expliqué un diplomate sous le couvert de l'anonymat.

Quelque 1.200 personnes, selon l'accusation, avaient été tuées et plus de 300.000 déplacées au cours de violences ayant accompagné la réélection contestée du président Mwai Kibaki le 27 décembre 2007 face à son adversaire Raila Odinga, actuel Premier ministre d'un gouvernement de coalition.

"La période post-électorale de 2007-2008 a été l'une des périodes les plus violentes de l'histoire de la nation", avait affirmé M. Moreno-Ocampo lorsqu'il avait présenté à la presse deux dossiers distincts, le 15 décembre 2010.

Le premier met en cause deux responsables du Mouvement démocratique orange (ODM) de M. Odinga, William Ruto, candidat potentiel à l'élection de 2012, et Henry Kosgey, ainsi que Joshua Arap Sang.

Les trois hommes sont soupçonnés d'être les "principaux organisateurs et responsables" de crimes commis contre des partisans du Parti de l'unité nationale (PNU) du président Kibaki.

Le second dossier regroupe deux responsables du PNU, Uhuru Kenyatta, également candidat potentiel à l'élection de 2012, et Francis Muthaura, soupçonnés de crimes contre des sympathisants de l'ODM, ainsi que l'ancien chef de la police, Hussein Ali.

Ils sont notamment soupçonnés de meurtres, transfert forcé de population, persécutions basées sur l'appartenance politique et tortures.

Le parlement kényan avait appelé le 23 décembre 2010 le gouvernement à se retirer du Statut de Rome, fondement juridique de la CPI, dénonçant le fait que "seuls des Africains des anciennes colonies sont jugés par la CPI".

La CPI, qui siège à La Haye, est le premier tribunal permanent chargé de poursuivre des auteurs de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité et de génocide commis depuis 2002.