Kenya: l'Etat condamné à dédommager des victimes de violences sexuelles en 2007

Par AFP

AFRICA RADIO

Un tribunal de Nairobi a condamné jeudi l'Etat kényan à verser des dommages et intérêts à quatre femmes victimes de violences sexuelles au cours de la crise électorale meurtrière de 2007-2008.

Les quatre victimes recevront chacune l'équivalent de 30.000 euros, tandis que quatre autres victimes - deux femmes et deux hommes - ont vu leur requête rejetée.Le tribunal a jugé l'Etat kényan responsable de "l'échec à conduire des enquêtes indépendantes et efficaces et à engager des poursuites" sur les violences sexuelles perpétrées pendant la pire crise post-électorale de l'histoire du Kenya, qui avait fait quelque 1.100 morts et plusieurs centaines de milliers de déplacés entre fin 2007 et début 2008.Elle avait débouché sur l'inculpation par la Cour pénale internationale de l'actuel président Uhuru Kenyatta et de son vice-président William Ruto mais les charges avaient finalement été abandonnées en 2014, la procureure Fatou Bensouda dénonçant à l'époque une campagne d'intimidation des victimes et témoins.Pendant ces semaines de chaos, au moins 900 personnes avaient été victimes de violences sexuelles pouvant aller jusqu'à des viols collectifs ou des castrations.L'ONG Physicians for Human Rights (PHR), qui a aidé les victimes de violences sexuelles dans leur combat judiciaire, a qualifié le jugement de jeudi d'"historique", soulignant qu'il offrait pour la première fois une reconnaissance de l'existence des violences sexuelles pendant la crise de 2007-2008."Après plus de sept ans de procédures et de retards, la justice a finalement été rendue", s'est félicité Naitore Nyamu, directrice de la branche kényane de PHR."C'est un jour historique pour les survivants des violences sexuelles généralisées perpétrées dans la foulée des élections de 2007."L'une des victimes ayant obtenu gain de cause s'est réjouie qu'un "tribunal ait enfin reconnu les souffrances endurées en tant que victimes"."Toutefois, a-t-elle ajouté, nous ne comprenons pas pourquoi le tribunal (...) n'a pas accordé de dommages et intérêts aux quatre autres victimes."Les violences électorales sont récurrentes au Kenya mais la crise meurtrière de 2007-2008 avait plongé le pays au bord du gouffre. Les prochaines élections présidentielle et législatives sont prévues en août 2022.