Kenya: les députés vont enquêter, les commerçants dénoncent des pillages

Par La rédaction

Nairobi (AFP)

Le comité parlementaire kényan chargé d'enquêter sur l'attaque meurtrière du centre commercial Westgate de Nairobi devait entamer mardi ses travaux, pendant que les accusations de pillage contre les militaires kényans se multiplient.

Les membres de la Commission de la Sécurité nationale et celle de la Défense et des Relations étrangères devaient se réunir dans la matinée au Parlement "pour établir un programme" de leurs travaux, a indiqué le député Dalmas Otieno, qui participe à l'enquête.

"Ce programme sera ensuite communiqué au public", a-t-il poursuivi, sans donner de délai.

Lundi, les membres du comité s'étaient rendus sur le site du Westgate, où les polices scientifiques kényanes et de plusieurs pays occidentaux poursuivent leurs recherches d'indices mais aussi de possibles corps.

Les enquêteurs, selon des propos rapportés par M. Otieno, espéraient retrouver les cadavres de jusqu'à cinq assaillants dans les décombres de la partie arrière du bâtiment, théâtre d'un intense incendie durant le siège et qui s'est ensuite effondrée, mais ne pensaient pas y trouver de cadavres d'éventuels otages.

L'enquête parlementaire devra notamment se pencher sur les éventuels manquements des diverses forces de sécurité à prévenir l'attaque, puis leurs rôles pendant et à l'issue du siège, selon le président de la commission de la Défense, Ndungu Gethenji.

"Tout a été pillé"

Les forces d'élite de l'armée kényane, qui ont mené - entre samedi en fin d'après-midi et mardi soir, fin officiellement annoncée du siège - les opérations contre les assaillants, sont notamment accusées de s'être livrées à des pillages systématiques des magasins du centre commercial.

Des commerçants ayant pu se rendre dans leur magasin ont fait état de pillages généralisés attribués aux soldats kényans."Pas une vitrine n'est intacte, tout a été pillé", a raconté lundi à l'AFP une commerçante, "mon ordinateur portable est parti (...) tout a été ouvert dans le bureau, sans doute pour chercher s'il y avait des choses à voler".Les employés du magasin, qui s'y étaient enfermés l'attaque samedi, avaient évacué les lieux samedi en fin d'après-midi, après avoir été secourus par la police.

Des commandos de l'armée kényane avaient pris peu après 17H00 samedi le relais de la police.La police et les quelques journalistes qui s'y trouvaient alors avaient alors quitté le centre commercial.

Une employée d'un salon de beauté a affirmé mardi à l'AFP que "tous les magasins, à l'exception de quelques uns avaient été pillés"."C'est une folie.Quand les employés (réfugiés à l'intérieur du magasin) ont été secourus ils ont fermé à clé, mais quand on y retourné c'était la pagaille.La caisse est fracturée, des bijoux et nos sacs à main ont disparu.Je ne retrouve pas le mien", a-t-elle raconté.

Angie Meseguer, propriétaire d'une boutique de vêtements a indiqué à l'AFP que son "stock a disparu".

Puanteur de cadavres

Le ministre kényan de l'Intérieur, Joseph ole Lenku, a implicitement admis l'existence de pillages, disant "prendre très au sérieux" les accusations en ce sens, tout en tentant de minimiser leur étendue.

"Il y a une très forte puanteur de cadavres à l'intérieur, et du sang partout", a également raconté à l'AFP Pardeep Rehal, propriétaire d'une librairie.Selon une autre commerçante, "ca pue le cadavre, on ne peut pas se tromper sur l'odeur"."Tout le 1er étage a brûlé (...) il n'y a plus de lumière (dans le centre commercial) et il y a des cendres partout", a-t-elle ajouté.

Mardi, la classe politique kényane - dont le président Uhuru Kenyatta, le vice-président William Ruto et leur principal opposant Raila Odinga - était réunie pour une séance de prière oecuménique, animée par les responsables des différentes religions: Eglises chrétiennes, musulmans, hindous et sikhs.

"En période de problèmes nous devons prier ensemble pour au moins nous consoler les uns les autres", a expliqué à l'AFP Mustafa Gichuri, un musulman de 50 ans.Ca fait du bien de les voir tous ici", a déclaré Rupy Chana, une sikh de 37 ans à propos des figures des différentes religions du Kenya, indiquant vouloir "honorer la mémoire des enfants tués".

Jacob Mituki, un chrétien "born-again" de 45 ans a dit "prier pour les victimes du Westgate, remercier Dieu (...) et célébrer notre unité".