Kenya: les suspects de la CPI se disent innoncents, les victimes soulagées

Par La rédaction

NAIROBI (AFP)

Les principaux suspects kényans de la Cour pénale internationale ont clamé mercredi leur innocence pour les violences post-électorales dans leur pays fin 2007-début 2008, tandis que des victimes se félicitaient de ce premier pas dans leur quête de justice.

Le vice-Premier ministre Uhuru Kenyatta, fils du premier président du Kenya indépendant Jomo Kenyatta, le ministre de l'Industrialisation Henry Kosgey, le ministre suspendu William Ruto ainsi que le bras droit du président Mwai Kibaki, Francis Muthaura, ont tous démentis être mêlés de près ou de loin à ces violences.

De son côté, le président Kibaki rappelait dans un communiqué que la présomption d'innocence devait bénéficier aux six suspects.

"Ils ne peuvent être jugés coupables tant que les charges ne sont pas confirmées par la cour", a-t-il déclaré, appelant les Kényans à "rester calmes".Aucun incident n'avait été signalé dans le pays en fin d'après-midi.

"Le gouvernement restera vigilant et fera en sorte que les droits de ses citoyens et la dignité de la Nation soient respectés", a souligné le président.

Le procureur de la CPI Luis Moreno-Ocampo a révélé mercredi depuis La Haye les noms de six personnes soupçonnées d'être les principaux responsables de crimes contre l'humanité commis lors de ces violences post-électorales.

Parmi eux, M. Kenyatta, ministre des Finances, qui a clamé son innocence lors d'une conférence de presse à Nairobi: "ma position est claire et demeure sans ambiguïté: je n'ai jamais commis aucun crime".

"Je me trouve à présent en position de suspect.Je suis prêt à répondre à toutes les allégations faites contre moi (...)", a-t-il poursuivi.

Le procureur de la CPI accuse M. Kenyatta d'avoir mobilisé le gang criminel des Mungiki pour attaquer des partisans de Raila Odinga, l'adversaire malheureux du président Mwai Kibaki à l'élection présidentielle du 27 décembre 2007.

M. Kenyatta est l'un des principaux leaders de la communauté kikuyu, la plus nombreuse du pays et un candidat très sérieux à la succession de M. Kibaki au prochain scrutin présidentiel en 2012.

Autre candidat potentiel à la présidence, William Ruto, ministre de l'Education supérieure suspendu pour une autre affaire, a assuré "n'avoir jamais participé aux violences post-électorales ni les avoir financées", se disant "prêt à rencontrer le procureur et ses témoins dès qu'on le (lui) demandera".

Enfin Francis Muthaura, chef de cabinet et bras droit de M. Kibaki, a réagi avec virulence, jugeant que la présence de son nom sur la liste relevait d'une "absurdité manifeste".

"La vérité l'emportera à la fin.Je n'ai jamais commis aucun crime", a-t-il déclaré, tout en se disant prêt, le cas échéant, à collaborer avec les juges de la CPI.

Mais à 75 km de là, dans les environs de Naïvasha, chez les victimes des violences politico-ethniques toujours installées pour certaines dans des camps de déplacés le soulagement prédominait, assorti du regret que la liste des suspects ne soit pas plus longue.

"Cela fait trois ans que nous attendons ce jour dans un camp et nous espérons que notre quête de justice débute aujourd'hui", s'est félicité à l'AFP Christine Ndida, rencontrée dans un camp situé près de Naïvasha.

"Notre souhait à présent, c'est que Ocampo accélère le processus pour que ceux qui envisagent de semer le chaos dans le futur en tirent des leçons", poursuit cette mère de quatre enfants, dont l'habitation se résume à une tente.

"Nous espérions que davantage de ministres impliqués dans les violences seraient sur la liste (...)", a de son côté estimé Beatrice Nyokabi, interrogée dans un autre camp des environs.