L'Afrique du Sud craint le retour du règne des ripoux à la tête de la police

12 avril 2012 à 9h00 par La rédaction

JOHANNESBURG (AFP) - (AFP)

Le retour à la tête de la lutte contre le crime organisé en Afrique du Sud d'un policier au casier judiciaire vierge mais soupçonné d'abus en tout genre et d'un meurtre, fait désordre dans un pays miné par les scandales à répétition au sommet de la police.

Le général Richard Mdluli, 54 ans, s'est réinstallé la semaine dernière à la tête de la division de la police nationale sud-africaine chargée de lutter contre le crime organisé, après environ un an d'absence.

Soupçonné d'avoir commandité le meurtre d'un rival amoureux en 1999, il avait été arrêté et suspendu en mars 2011.

Les poursuites contre lui ont été provisoirement levées le mois dernier par le parquet, qui pourrait cependant revenir à la charge puisque dans le même temps, une enquête préliminaire a été ouverte, préalable à un possible procès.

Mdluli, considéré comme un protégé du président Jacob Zuma, est également accusé de fraude et corruption dans un autre dossier.

Le ministre de la police Natal Mthethwa a qualifié de "tissu de mensonges" les affirmations selon lesquelles le retour de ce chef policier très controversé porterait la signature du chef de l'Etat.

Mais le moins que l'on puisse dire est que son retour à son poste au siège de la police nationale à Pretoria a fait grincer des dents, et de hauts responsables policiers ont menacé de démissionner.

Son retour intervient alors que l'actuel chef de la police nationale Bheki Cele est suspendu pour une sombre affaire de marché public truqué et son prédécesseur, ancien président d'Interpol, Jackie Selebi, purge une peine de quinze ans de prison pour corruption depuis décembre.

Mdluli "est chargé de questions de sécurité cruciales, il faut qu'il inspire la confiance dans les services de police et c'est sévèrement compromis", commente Shadrak Gutto, chercheur à l'université d'Afrique du Sud (Unisa).

"Pour le moment, on n'a pas de preuve que ce soit influencé d'en haut mais les gens parlent, lisent entre les lignes", ajoute-t-il.

"Il est évident que les charges contre Mdluli ont été retirée simplement pour le protéger contre les poursuites, et pour des raisons de politique interne au parti au pouvoir", l'ANC, estime pour sa part Hennie van Vuuren, chercheur à l'Institut pour les Etudes de sécurité (ISS) de Pretoria.

"Potentiellement, cela mine la confiance dans les structures de renseignement et envoie comme message que les lois peuvent être bafouées au profit de ceux qui ont le bras long", dit-il, voyant un lien entre la protection dont jouit Mdluli et la volonté du président Zuma de s'assurer des appuis solides avant de briguer un deuxième mandat à la tête du pays.

Pour alimenter la polémique, un rapport accablant de la police des polices portant sur la mauvaise gestion et les abus présumés commis par Richard Mdluli a opportunément fuité dans la presse ces jours-ci.

En principe secret, ce document achevé en novembre 2011 détaille un état de service pour le moins éloigné de l'éthique du parfait policier.

Tout y passe: embauche ou promotion de nombreux membres de sa famille dans sa division, utilisation abusive présumée de voitures de service, ingérence et intimidation, versement d'avances sur salaire à des membres de sa famille, locations de maisons officiellement pour protéger des témoins mais où il logeait des proches, enveloppes versées à des journalistes, trafic d'influence politique.

Le rapport, en principe destiné à l'usage exclusif de l'unité d'élite de la police sud-africaine, les Hawks, conclut: "Il est impératif que le gouvernement ne tarde pas à agir (...)", "l'étendue des activités répréhensibles et de la mauvaise gestion au détriment de la police sud-africaine a de sérieuses implications non seulement pour la division chargée de lutter contre le crime organisé mais pour le pays tout entier".