L'avenir de la Côte d'Ivoire suspendu à une nouvelle mission africaine

Par La rédaction

ABIDJAN (AFP)

L'avenir de la Côte d'Ivoire était suspendu dimanche à une nouvelle mission que doivent conduire lundi à Abidjan trois chefs d'Etat de pays voisins, accompagnés du Premier ministre kényan envoyé par l'Union africaine, pour tenter d'obtenir une solution pacifique à la crise.

Boni Yayi (Bénin), Ernest Koroma (Sierra Leone) et Pedro Pires (Cap-Vert) étaient venus une première fois mardi pour rencontrer les deux protagonistes de cette grave crise née de la présidentielle du 28 novembre, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara.

Le premier est resté au pouvoir après avoir été proclamé élu par le Conseil constitutionnel, mais la quasi-totalité de la communauté internationale reconnaît son rival comme président légitime, désigné vainqueur par la commission électorale.

Les trois présidents ouest-africains sont mandatés par la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), qui a menacé d'utiliser la force pour faire partir Gbagbo s'il refusait de céder sa place à Ouattara.

L'organisation privilégie encore la voie du dialogue, mais l'option militaire est en préparation, en "dernier recours".

La pression sur Gbagbo risque de se faire d'autant plus forte avec l'entrée en scène du Premier ministre kényan Raila Odinga, qui s'est prononcé très clairement pour son départ du pouvoir, par la force si nécessaire.

 Ancien opposant nommé Premier ministre en 2008 à l'issue d'une violente crise politique consécutive à une présidentielle également contestée au Kenya, il a dit venir "effectuer une mission de protection de la démocratie et de la voix du peuple en Côte d'Ivoire".

La Cédéao doit décider d'ici mardi de "nouveaux pas" pour résoudre la crise, selon son président en exercice, le numéro un nigérian Goodluck Jonathan.

Un échec de la mission risquerait d'avoir des conséquences dramatiques se traduisant par une nouvelle explosion de violences.Depuis mi-décembre, 179 personnes ont été tuées, essentiellement des partisans de Ouattara, selon l'ONU.

 Amnesty International a d'ailleurs demandé aux émissaires de la Cédéao de "placer la protection des droits humains au coeur de leurs efforts".

"Des populations continuent de vivre dans la peur d'être abattues, arrêtées ou enlevées par des forces de sécurité ou des miliciens proches de Laurent Gbagbo", a affirmé l'ONG.

Anne Gnahouret, ministre de la Solidarité de Gbagbo, a de son côté fait état de plus de 10.000 Ivoiriens réfugiés au Liberia et en Guinée, et de plus de 2.500 déplacés internes.

Ces derniers ont fui "les zones tenues par les rebelles pour échapper aux exactions" dans le nord du pays, sous contrôle des Forces nouvelles (FN, ex-rébellion) qui appuient Ouattara, selon la ministre qui a accusé "les organisations internationales" de les "ignorer".

Abidjan a vécu dimanche dans l'attente d'un assaut des partisans de Gbagbo sur le quartier général de son rival, qui ne s'est finalement pas produit.

Charles Blé Goudé, leader des "jeunes patriotes" pro-Gbagbo, leur a demandé de se tenir prêts à "libérer à mains nues", après le 1er janvier, le Golf hôtel où Ouattara est retranché avec son gouvernement dirigé par le chef des FN Guillaume Soro.

Tout était cependant calme dimanche aux alentours de cet hôtel de luxe, protégé par des éléments FN et quelque 800 soldats de l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (Onuci), qui en effectue aussi le ravitaillement par hélicoptère.

Gbagbo a accusé samedi l'Onuci d'avoir "tiré sur des civils" - ce qu'a formellement démenti la mission - et exigé qu'elle quitte le pays.

Il avait déjà demandé le départ des quelque 9.000 hommes de l'opération onusienne, ainsi que des 900 soldats français de l'opération Licorne qui l'appuie, les accusant de soutenir militairement Ouattara.