L'Egypte aux urnes pour un référendum, premier vote de l'après-Moubarak

19 mars 2011 à 13h01 par La rédaction

LE CAIRE (AFP)

Les Egyptiens se sont massivement rendus aux urnes samedi pour un référendum sur la révision de la Constitution, premier verdict populaire pour les projets de transition élaborés sous l'égide de l'armée après la chute du président Hosni Moubarak le 11 février.

Quelque 45 millions d'électeurs sont appelés à voter jusqu'à 19H00 (17H00 GMT).Les résultats, dont pourraient dépendre le rythme et les modalités du retour promis à un pouvoir civil élu, doivent être annoncés dimanche.

De longues files d'attente se sont formées devant de nombreux bureaux de vote du Caire et en province, traduisant l'engouement pour un scrutin salué de tous bords comme une conquête démocratique après des décennies d'élections marquées par la fraude et l'abstention.

A Zaqaziq, une grosse localité du delta du Nil, le juge Mohamed Fadel, en charge d'un bureau de vote, assurait que "les gens ont le sentiment que ces élections sont propres, et bien sûr ils viennent nombreux.C'est la plus forte participation que j'aie jamais vue".

A Alexandrie (nord), certaines files d'attente atteignaient 300 mètres de long.L'affluence dans plusieurs villes sur les bords du canal de Suez et du Sinaï, modérée en matinée, a gonflé en cours de journée.

A Suez il a fallu apporter des urnes supplémentaires pour faire face à l'afflux, selon une source de sécurité.

Le chef de la Ligue arabe, Amr Moussa, de nationalité égyptienne et à l'ambition présidentielle affichée, s'est félicité de cette participation.

"Peu importe que les gens votent oui ou non.Ce qui est important, c'est que les électeurs se déplacent.Nous avons besoin d'une nouvelle Egypte", a déclaré M. Moussa, lui-même adversaire de la réforme proposée.

"C'est un jour de joie.Avant on avait des résultats préparés d'avance, maintenant personne ne peut pronostiquer le résultat", a déclaré de son côté le guide des Frères musulmans, Mohamed Badie, après avoir voté.Il a assuré que son mouvement, qui s'est prononcé pour la réforme, accepterait le verdict des urnes quel qu'il soit.

Les partisans de la révision sont favorables à une transition rapide avec des changements limités de la Constitution héritée de l'époque autoritaire de M. Moubarak.

Le camp adverse plaide pour une nouvelle loi fondamentale, quitte à prendre plus de temps et prolonger la période d'incertitude politique.

"J'ai 67 ans et c'est la première fois que je vote.Il nous faut une nouvelle Constitution, et il faut nous donner du temps pour que les jeunes qui ont fait la révolution puissent former des partis", affirme Mohammed Mahmoud, un retraité du Caire hostile à une révision partielle de la Constitution.

"Nous voulons la stabilité.Nous n'avons pas le temps de nous lancer dans l'élaboration d'une nouvelle Constitution", plaide à l'inverse Hamdi Mohamed Badri, un enseignant de 46 ans votant à Imbaba, un quartier populaire de la capitale.

Les principales modifications concernent les mandats présidentiels, qui doivent être limités à deux mandats maximum de quatre ans chacun --contre des mandats de six ans illimités actuellement-- et l'assouplissement des conditions de candidature à la magistrature suprême.

Les amendements ont été préparés par une commission de juristes nommée par l'armée, qui gère le pays depuis la démission de M. Moubarak sous la pression de la rue.L'armée a promis le retour à un pouvoir civil démocratiquement élu.

Si la révision l'emporte, l'armée entend passer rapidement à l'organisation d'élections législatives et présidentielle, en principe sous six mois.

En cas de rejet de cette réforme, les militaires ont fait savoir qu'ils feraient une "déclaration constitutionnelle limitée" pour organiser la suite de la transition promise vers la démocratie, sans donner plus de détails.