L'Ethiopie affirme que des soldats érythréens ont tué des civils au Tigré

Par AFP

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L'Ethiopie a accusé vendredi les soldats érythréens d'avoir tué 110 civils lors d'un massacre survenu dans la région du Tigré (Nord), incriminant pour la première fois directement les troupes du pays voisin.

Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a lancé le 4 novembre une opération militaire contre les autorités tigréennes, issues du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), afin de les déloger.Vendredi, le bureau du procureur général a contredit dans un communiqué les déclarations officielles précédentes selon lesquelles la "grande majorité" des personnes tuées fin novembre à Aksoum - théâtre de l'une des pires atrocités recensées au Tigré - étaient des combattants pro-TPLF et non des civils. Les ONG Human Rights Watch (HRW) et Amnesty International ont toutes deux affirmé dans des rapports que les victimes étaient principalement des civils mais aussi que le massacre avait été commis par des soldats érythréens, présents au Tigré.Le bureau du procureur général affirme que les militaires érythréens se sont livrés à des représailles sur la population après avoir été attaqués par des forces pro-TPLF."L'enquête indique que 110 civils ont été tués à ces dates par des troupes érythréennes", selon le communiqué, en référence aux 27 et 28 novembre."L'enquête montre que 70 civils ont été tués dans la ville alors qu'ils se trouvaient à l'extérieur. Par ailleurs, 40 civils semblent avoir été sortis de chez eux et avoir été tués dans des descentes, maison par maison, conduites par les troupes érythréennes", indique le bureau du procureur. Le ministère de l'Information érythréen n'a pu être joint dans l'immédiat pour réagir à ces accusations.Après des mois de déni, le gouvernement éthiopien a reconnu la présence au Tigré, aux côtés de son armée, de troupes érythréennes, soupçonnées d'avoir été impliquées dans de nombreuses violations des droits humains, ce que dément Asmara.Les Etats-Unis et l'Union européenne ont appelé à maintes reprises à leur retrait."La présence constante de forces érythréennes au Tigré mine encore un peu plus la stabilité et l'unité nationale de l'Ethiopie", a déclaré le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken la semaine dernière.L'Ethiopie s'est précédemment engagée à enquêter sur toute atteinte aux droits humains commise durant le conflit. Le bureau du procureur général a annoncé vendredi que "plusieurs accusations de meurtre de civils, de violences sexuelles, de pillage et de destruction de biens ont depuis été rapportées" à l'encontre de militaires éthiopiens.Les procureurs militaires ont inculpé 28 soldats éthiopiens "suspectés d'avoir tué des civils" tandis que 25 autres sont poursuivis pour "violences sexuelles et viol", selon le communiqué. Quatre ont déjà été condamnés, trois pour viol et un pour meurtre de civil, selon le texte, sans autre précision.M. Abiy avait promis une victoire rapide au Tigré, mais presque six mois après la prise de la capitale régionale, Mekele, par l'armée fédérale, les combats se poursuivent dans la région, où la situation humanitaire critique alarme la communauté internationale.