L'évolution de l'exploitation des terres, facteur primordial de conflit au Sahel

Par AFP

AFRICA RADIO

Le rétrécissement de l'espace pastoral, "grignoté par l'expansion des terres agricoles" notamment en raison de politiques publiques favorisant l'agriculture, est un facteur primordial de conflit au Sahel, selon un rapport du centre d'analyse politique International Crisis Group (ICG) publié vendredi.

ICG estime que cette évolution de la façon d'exploiter les terres dans les trois pays du Sahel central (Mali, Burkina Faso et Niger) est un facteur plus déterminant que le changement climatique pour expliquer l'explosion ininterrompue des violences dans cette région d'Afrique frappée par le terrorisme, les tensions intercommunautaires et le banditisme.Si la crise du pastoralisme nomade trouve ses origines dans les grandes sécheresses des années 1970 au Sahel, elle s'est "aggravée" depuis, notamment selon ICG à cause du "rétrécissement de l'espace pastoral, grignoté par l'expansion des terres agricoles" et de la "montée de certaines formes d'insécurité, comme le banditisme armé".Dans le centre du Mali, cite en exemple ICG, les conflits locaux ne sont pas "le résultat d'une diminution des ressources" dû au réchauffement climatique, qui ont au contraire "globalement augmenté" depuis quinze ans, mais d'une modification "en profondeur (des) relations entre agriculteurs et pasteurs".De plus, "les politiques publiques favorisent depuis longtemps les agriculteurs sédentaires au détriment des éleveurs nomades, phénomène dont il faudrait se soucier", met en garde en garde le centre d'analyse.Les autorités sahéliennes doivent corriger "ce déséquilibre et trouver des solutions qui concilient les intérêts des différents systèmes de production", dit-il."Cette manière de mettre en relation jihadisme et réchauffement climatique au Sahel est peut-être également un moyen d'attirer l'aide financière en liant deux problématiques qui mobilisent particulièrement les bailleurs internationaux", note ICG.Quatre mille personnes ont été tuées en 2019 au Sahel central du fait des violences, selon l'ONU.