L'ex-président malgache Ravalomanana bloqué à Johannesburg

Par La rédaction

JOHANNESBURG (AFP)

L'ancien président malgache Marc Ravalomanana s'est vu refuser samedi l'embarquement à l'aéroport de Johannesburg et n'a pu rentrer à Antananarivo après deux ans d'exil, comme il l'avait annoncé.

"Je vais à Madagascar dans un but de paix et non de guerre, pourquoi me bloque-t-on ici maintenant ?", a déclaré à la presse M. Ravalomanana, visiblement irrité, après que la compagnie aérienne sud-africaine Airlink lui eut signifié le refus d'embarquer à l'aéroport OR Tambo.

A Tananarive, Alain Ramaroson, un proche du dirigeant actuel Andry Rajoelina, président de la Commission sécurité et défense du Conseil supérieur de la transition (sénat) a affirmé à l'AFP que Ravalomanana, n'avait "pas sa place" à Madagascar pour le moment."Les plaies ne sont pas encore refermées, il vaut mieux qu'il reste assez loin", a-t-il ajouté.

La compagnie aerienne sud africaine a invoqué un ordre de l'autorié de l'aviation civile malgache le déclarant "persona non grata" à Madagascar.Une employée de la compagnie lui a montré une lettre de cette instance affirmant: "M.Ravalomanana Marc est persona non grata à Madagascar.Aussi pour préserver l'ordre public, ne le prenez pas à bord".

Brandissant la lettre devant les journalistes, le président déchu a lancé en haussant les épaules: "Ce sont eux qui ont peur, pas moi!".

 Un de ses collaborateurs, Jens Thorsen, a indiqué ensuite que l'ex-président étudiait d'autres possibilités pour se rendre dans la Grande île, notamment par avion privé.

Marc Ravalomanana avait annoncé jeudi son retour au pays pour ce samedi dans la perspective d'amorcer un dialogue pour "restaurer la démocratie" au travers de nouvelles élections.

Le régime malgache en place avait estimé qu'il s'agissait d'un "grand coup de bluff" et avait prévenu qu'il l'arrêterait immédiatement s'il persistait à rentrer.

 Confronté à une vive contestation populaire en 2009, l'ex-président avait été contraint de remettre ses pouvoirs à un directoire militaire qui les avait immédiatement transférés à Andry Rajoelina, son principal opposant, aujourd'hui toujours au pouvoir à la tête d'une Haute autorité de transition.

M. Ravalomanana a été condamné par contumace aux travaux forcés à perpétuité en août 2010 pour la mort d'une trentaine de manifestants devant le palais présidentiel le 7 février 2009.

Samedi matin, l'ancien chef d'Etat était arrivé à l'aéroport de Johannesburg deux heures avant le départ de son vol à 08H00 GMT pour s'enregistrer, accompagné de sa femme, de ses trois fils et de sa fille ainsi que de proches.

Après qu'il eut présenté son passeport, le personnel de la compagnie lui a montré la lettre de l'aviation civile malgache.

"Les gens sont nombreux à m'attendre à l'aéroport à Madagascar mais je suis encore ici.Et ce n'est que maintenant que je reçois cette note, je suis très choqué", a réagi M. Ravalomanana qui affirme être toujours le président légitime de Madagascar.

"Je leur conseille de rester calmes (...) et de ne pas créer de problèmes", a-t-il déclaré à l'adresse de ses partisans à Madagascar.

Devant l'aéroport international d'Ivato à Antanananarivo, samedi matin, ils étaient plusieurs milliers rassemblés dans l'attente de son arrivée, contenus par un cordon de policiers à l'extérieur de l'enceinte, à environ une quinzaine de kilomètres de la capitale.Des gens étaient massés sur plusieurs kilomètres le long de la route de l'aéroport.

Vers 10H30, tous ignoraient encore le refus d'embarquer opposé à M. Ravalomanana en Afrique du sud.La situation était calme alors qu'ils entonnaient des cantiques et brandissaient des pancartes à l'effigie de leur leader.

Les forces de l'ordre --quelques dizaines de gendarmes en tenues anti-émeute-- étaient déployées aux abords de l'aéroport, contrôlant les véhicules et procédant à des fouilles.

Les partisans du président déchu, dénonçant des "tentatives d'intimidation du régime", avaient promis la mobilisation de plusieurs dizaines de milliers de personnes pour l'attendre à l'aéroport.