L'interrogatoire de la Soudanaise chrétienne se poursuit, son mari inquiet

25 juin 2014 à 14h50 par La rédaction


Khartoum (AFP)

Une Soudanaise chrétienne était toujours entendue mercredi par la police soudanaise après avoir été retenue avec sa famille à l'aéroport de Khartoum d'où ils cherchaient à fuir le pays après des menaces d'extrémistes mécontents de l'annulation de sa condamnation à mort pour apostasie.

"Nous somme inquiets, c'est pourquoi nous voulons partir d'ici aussi vite que possible", a expliqué à l'AFP Daniel Wani, depuis un commissariat où son épouse, Meriam Yahia Ibrahim Ishag, 26 ans, était interrogée.

Le cas de cette jeune femme, dont la condamnation à mort a été annulée en appel lundi, a soulevé la question de la liberté de culte au Soudan.

Outre sa condamnation pour apostasie, Mme Ishag, mariée à un chrétien, avait également écopé le 15 mai de 100 coups de fouet pour "adultère".Selon l'interprétation soudanaise de la charia, toute union entre une musulmane et un non-musulman est considérée comme un "adultère".

Sa détention avec son jeune fils de 20 mois, mais surtout la naissance de son second enfant en prison, ont suscité l'indignation de gouvernements occidentaux et de groupes de défense des droits de l'Homme. 

Au lendemain de sa libération, Mme Ishag, qui s'était d'abord cachée en raison de menaces de la part d'extrémistes, a été arrêtée à l'aéroport de Khartoum, au moment où la famille s'apprêtait à quitter le Soudan pour Washington D.C aux Etats-Unis.

"Nous étions supposés être déjà là-bas", a insisté M. Wani, un chrétien qui a la double nationalité américaine et sud-soudanaise, assurant que leurs documents de voyage étaient en règle.

Mme Ishag a été arrêtée par des agents du service national de renseignement et de sécurité (NISS), malgré la présence de diplomates de l'ambassade américaine venus l'escorter, a-t-il poursuivi, assurant que l'ensemble de la famille se trouvait depuis mardi dans un commissariat de Khartoum. 

L'un de ses avocats, Me Mohanad Mustafa, a expliqué que Mme Ishag n'était pas en état d'arrestation mais interrogée sur l'authenticité d'un document de voyage délivré par le Soudan du Sud."On ignore combien de temps l'enquête de la police va durer", a-t-il poursuivi.

- "Discours de haine" -

Kau Nak, chargé d'affaires à l'ambassade du Soudan du Sud à Khartoum, a insisté sur la validité du document de voyage incriminé.

"C'est moi même qui ai délivré ce document de voyage", a déclaré M. Kau Nak à l'AFP."Ma signature figure au dos", a-t-il précisé ajoutant que ni la police, ni aucun autre responsable ne l'avait contacté concernant son authenticité.

"C'est un document classique que nous fournissons à nos ressortissants quand ils rentrent chez eux.Nous le lui avons donné ainsi qu'à ses enfants", a-t-il ajouté précisant que Mme Ishag pouvait en bénéficier car son mari et ses enfants étaient de nationalité sud-soudanaise.

Les Etats-Unis ont assuré que la Soudanaise n'avait pas été arrêtée de nouveau et qu'ils tentaient de faire sortir la famille du Soudan.

"Le gouvernement (soudanais) nous a assuré qu'ils étaient en sécurité (...) Nous sommes directement en contact avec des responsables officiels soudanais pour nous assurer de leur départ rapide et en sécurité du Soudan", a déclaré la porte-parole de la diplomatie américaine, Marie Harf.

Un expert indépendant travaillant pour les Nations Unies sur les droits de l'Homme au Soudan, Mashood Adebayo Baderin, a affirmé mardi soir que si la jeune femme avait reçu des menaces de mort, il était du "devoir du Soudan de protéger ses citoyens".

L'organisation Christian Solidarity Worldwide, qui �?uvre pour la liberté religieuse, a fait part de son inquiétude concernant "les menaces et les discours de haine" dirigés contre la jeune femme et ses avocats, après l'annulation du verdict en appel.

"Son soi-disant frère a publiquement affirmé que la famille appliquerait la sentence si elle est acquittée", a assuré l'organisation.

Meriam Yahia Ibrahim Ishag est née dans l'Etat de Gedaref (est) le 3 novembre 1987.Son père de confession musulmane a abandonné la maison familiale alors qu'elle avait 5 ans, laissant sa mère, chrétienne orthodoxe, l'élever selon sa confession, selon un communiqué de l'archevêché catholique de Khartoum, qui a précisé qu'elle était devenue catholique juste avant d'épouser Daniel Wani fin 2011.