L'Italie veut faire témoigner des policiers soudanais au procès d'un passeur

Par AFP

AFRICA RADIO

Des procureurs italiens ont demandé à deux hauts officiers de la police soudanaise de témoigner au procès du "boss" de passeurs, qui assure être victime d'une erreur d'identité, a annoncé son avocat mardi à l'AFP.

L'Erythréen Medhanie Yehdego Mered est accusé d'être le "général" d'un des plus gros réseaux de trafiquants de migrants, avec des ramifications en Erythrée, en Ethiopie, au Soudan, aux Emirats arabes unis, en Libye et dans plusieurs pays européens.En 2016, un homme présenté comme Mered a été arrêté au Soudan et extradé vers l'Italie, les autorités italiennes, soudanaises et britanniques saluant un coup important contre les réseaux.Mais dès l'annonce de cette extradition, des voix se sont élevées pour assurer que l'homme arrêté était Medhanie Tesfamariam Berhe, un réfugié érythréen de six ans plus jeune que l'homme recherché et qui ne ressemble pas du tout à la photo de l'avis de recherche.Des proches de l'homme arrêté comme de celui recherché ont assuré qu'il s'agissait d'une erreur, et les expertises vocales sur des conversations enregistrées du "général" ne se sont pas révélées probantes. Pourtant, à raison d'une audience tous les 15 jours en moyenne, le procès suit son cours devant une cour d'assise de Palerme.Michele Calantropo, avocat commis d'office depuis 2016 pour défendre l'accusé, a déclaré à l'AFP ne pas savoir ce que les policiers soudanais, présentés comme ayant participé à la traque et à l'arrestation de son client, ont à dire à la cour. Selon lui, ils pourraient venir témoigner que même si l'accusé n'est pas "le général", il reste impliqué dans le trafic de migrants et mérite d'être condamné.Me Calantropo a aussi déclaré au quotidien britannique The Guardian que la décision d'entendre deux hauts officiers de la police du président soudanais Omar el-Béchir posait "de graves questions éthiques".Le réseau du "général" est soupçonné d'avoir organisé à partir de 2013 le voyage souvent mortel de centaines de personnes par mois, surtout des jeunes de la Corne de l'Afrique, à travers le Sahara puis la Méditerranée.Il est en particulier accusé d'avoir affrêté le bateau dont le naufrage a fait plus de 360 morts octobre 2013 au large de l'île italienne de Lampedusa.