L'ONU demande à Khartoum de se retirer d'Abyei, en flammes et pillée

23 mai 2011 à 12h43 par La rédaction

JUBA (Soudan) (AFP)

La ville soudanaise d'Abyei était lundi en proie aux flammes et aux pillages, deux jours après sa prise par l'armée nordiste, que les autorités du Sud-Soudan dénoncent comme une "invasion", faisant craindre une nouvelle guerre civile.

Des milliers de civils ont fui vers le sud de cette région disputée entre le Nord et le Sud, après que les soldats et les chars des Forces armées du Soudan (SAF, armée régulière de Khartoum) eurent pris cette localité, en violation des accords de paix en vigueur.

La Mission des Nations unies au Soudan (Unmis) "condamne avec vigueur les incendies et pillages qui sont en train d'être perpétrés dans la ville d'Abyei par des éléments armés", écrit-elle dans un communiqué.

Elle a averti le gouvernement de Khartoum qu'il est de sa responsabilité de faire respecter la loi dans les territoires dont il a pris le contrôle l'appelant à intervenir "pour faire cesser ces actes criminels".

Abyei est l'un des principaux points de tension depuis 2005 et la fin de la guerre civile entre le Nord, musulman et arabe, et le Sud, principalement chrétien et noir, à l'origine de deux millions de morts.Elle est au coeur d'une lutte pour l'accès à l'eau mais aussi de rivalités tribales historiques.

Cette enclave connaît une recrudescence des violences depuis le référendum de janvier sur le Sud-Soudan, marqué par une victoire écrasante de l'option sécessionniste et qui a ouvert la voie à l'indépendance de cette région, prévue en juillet.

 Samedi, après de violents combats, les SAF se sont emparé de la ville d'Abyei.

Khartoum a indiqué que ses forces contrôlaient la ville d'Abyei et "toute la zone au nord de la rivière" Bahr al-Arab (Kiir pour les Sudistes).

"Les troupes des SAF (Forces armées du Soudan, nordistes) resteront à Abyei jusqu'à la conclusion d'un nouvel accord de sécurité", a prévenu le ministre d'Etat à la présidence, Amin Hassan Omer.

A Juba, le ministre de l'Information du Sud-Soudan, Barnaba Marial Benjamin, a dénoncé "une invasion illégale qui viole tous les accords de paix et met en danger la vie de milliers de civils".

Les Etats-Unis, l'Union européenne, la France et le Royaume-Uni ont eux condamné l'intervention, de même que le Conseil de sécurité de l'ONU qui a appelé Khartoum "à cesser son opération militaire et à se retirer immédiatement de la ville d'Abyei et ses environs".

Une délégation des ambassadeurs accrédités auprès du Conseil de sécurité de l'ONU s'est rendue lundi à Juba, capitale du Sud-Soudan semi-autonome, pour des pourparlers avec le président sudiste Salva Kiir.

De son côté, le sénateur américain John Kerry, qui s'est rendu à plusieurs reprises au Soudan pour pousser à l'application de l'accord de paix (CPA) de 2005, a mis en garde contre les dangers d'un retour à la guerre.

Il a également averti Khartoum qu'il risquait de saboter un rapprochement promis avec Washington.

Selon le haut-représentant de l'UE pour les Affaires étrangères, Catherine Ashton, le Conseil des Affaires étrangères doit examiner lundi "quelles actions supplémentaires peuvent être nécessaires pour s'assurer que le CPA est respecté et que la paix est restaurée".

Le CPA prévoyait un référendum pour permettre à la population d'Abyei de choisir son rattachement au Nord ou au Sud devait avoir lieu en même temps que celui sur l'avenir du Sud-Soudan.

Mais le scrutin a été reporté sine die, les ex-rebelles du Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM, sud) et la tribu Dinka Ngok d'un côté, les Arabes nomades Misseriya et le Parti du congrès national (NCP, nord) de l'autre, n'ayant pas réussi à s'entendre sur le droit de vote des électeurs.

Et quatre mois après le référendum, les négociations Nord-Sud sur l'avenir de la province n'ont pas avancé.

Les deux camps s'accusent d'avoir envoyé un grand nombre de soldats "irréguliers", en violation d'une trêve signée en janvier, et les incidents armés s'y sont multipliés, en particulier ces derniers jours, mettant directement aux prises l'armée soudanaise et la SPLA.