La Côte d'Ivoire retient son souffle dans l'attente du résultat de la présidentielle

2 novembre 2020 à 16h58 par AFP

AFRICA RADIO

Les Ivoiriens attendaient lundi l'annonce de la réélection du président Alassane Ouattara pour un troisième mandat controversé, après un scrutin boycotté par l'opposition et émaillé de violences qui ont fait au moins 9 morts.

Depuis le scrutin, le bilan des incidents ne cesse de s'alourdir: quatre personnes sont mortes dimanche dans l'incendie de leur maison, lors de troubles à Toumodi, près de la capitale politique Yamoussoukro (centre), selon des témoignages d'habitants recueillis lundi.

La commission électorale a continué à donner au compte-gouttes les résultats à la télévision nationale.Le jour de l'annonce du résultat final n'est pas connu, mais les Ivoiriens craignent la réaction qu'il pourrait provoquer.

Sans réel adversaire en raison du boycott de l'opposition, qui juge un troisième mandat "anticonstitutionnel", le président Ouattara devrait s'imposer par un score écrasant, notamment dans le nord du pays qui lui est traditionnellement acquis.Ainsi, selon les premiers résultats, le chef de l'Etat a obtenu 98% des voix à Korhogo, la capitale du Nord, avec 88% de participation.

Après les violences sur le terrain le jour du vote, samedi, le ton est monté entre les deux camps.

L'opposition a appelé dimanche à une "transition civile" et "à la mobilisation générale des Ivoiriens pour faire barrage à la dictature et à la forfaiture du président sortant".

Mais le parti au pouvoir a riposté en mettant en garde l'opposition contre "toute tentative de déstabilisation".

- Crainte de représailles -

Le bilan exact des violences qui passent presque systématiquement du champ politique à l'affrontement inter-ethnique est difficile à établir.Au moins 9 personnes sont mortes dans le sud du pays depuis le vote, selon un décompte de l'AFP.

A Toumodi, "quatre personnes de la même famille, un jeune couple, une femme et une dame âgée sont mortes" dimanche dans l'incendie de leur maison dimanche, a affirmé un proche de la famille qui habite Toumodi, s'exprimant sous couvert d'anonymat. 

"Une dizaine de maison ont été brûlées.Deux camions aussi.Des restaurant, boutiques maquis (restaurants-bars à ciel ouvert) ont été cassés", a-t-il poursuivi.

"Notre crainte c'est que les jeunes d'ici (ethnie baoulés, réputée proche de l'opposition) ne veulent pas laisser ce crime impuni et s'attaquent à eux (les Dioulas, originaires du Nord pro-Ouattara)", a précisé un habitant.

Selon des sources locales interrogées par l'AFP, il y a eu trois morts dans le centre du pays: un à Téhiri, près de Gagnoa, fief de l'ex-président Laurent Gbagbo, lors d'affrontements entre ethnies locale et Dioulas, un à Oumé et au moins un à Tiébissou.

Le maire de Tiébissou, Germain N'Dri Koffi, a même fait état d'un bilan de "quatre morts" dans sa commune.

- "Election pas crédible" -

Dans le Nord, beaucoup de camionneurs ont préféré garer leurs véhicules plutôt que de poursuivre leur trajet vers Abidjan, la route étant régulièrement coupée par des manifestants, selon un journaliste de l'AFP à Korhogo.

L'activité a timidement repris a Abidjan.

Si la mission d'observation de l'Union africaine estime que "l'élection s'est déroulée de manière globalement satisfaisante", le Centre Carter, fondation créée par l'ancien président des Etats-Unis et prix Nobel de la paix Jimmy Carter, est beaucoup plus critique: "le contexte politique et sécuritaire n'a pas permis d'organiser une élection présidentielle compétitive et crédible".

"Le scrutin a été marqué par un grand nombre d'incidents et un environnement sécuritaire volatile (...), l'organisation du vote a été fortement impactée avec, à minima, 1.052 bureaux de vote (sur 22.000 au total) comptabilisés par nos observateurs qui n'ont jamais pu ouvrir", selon le rapport.

La mission d'observation de la Cédéao, souligne que "la montée de l'insécurité dans la période pré-électorale a créé une psychose". 

Avant le scrutin, une trentaine de personnes étaient mortes dans des violences depuis l'annonce en août de la candidature du président Ouattara.

Des milliers d'Ivoiriens avaient quitté les grandes villes pour "aller au village", anticipant des troubles, dix ans après la crise qui avait suivi la présidentielle de 2010, faisant 3.000 morts, à la suite du refus du président Laurent Gbagbo, qui était au pouvoir depuis 2000, de reconnaître sa défaite face à M. Ouattara.

Ces événements en Côte d'Ivoire, premier producteur mondial de cacao, font craindre une nouvelle crise dans une région éprouvée par des attaques jihadistes au Sahel, un putsch au Mali, une élection contestée en Guinée et une contestation politique chez le géant voisin nigérian.