La démission forcée du Premier ministre replonge la Guinée-Bissau dans la crise politique

Par La rédaction

Bissau (AFP)

Deux jours après la formation d'un nouveau gouvernement, la Guinée-Bissau a replongé mercredi dans la crise politique qui l'agite depuis un mois, le nouveau Premier ministre étant contraint à la démission par une décision de la Cour suprême.

La crise a éclaté le 12 août lorsque le président José Mario Vaz a limogé son Premier ministre Domingos Simoes Pereira, en poste depuis 14 mois, en arguant d'une "crise de confiance au sommet de l'Etat".Cette décision avait été vivement critiquée par le Parti africain pour l'indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert (PAIGC), majoritaire au Parlement et auquel appartiennent les deux hommes.

Le président avait nommé le 20 août Baciro Dja, lui-même membre du PAIGC, au poste de Premier ministre.Le parti au pouvoir, qui réclame le retour de M. Pereira, avait alors saisi la Cour suprême pour contester cette nomination.

Les tensions politiques inquiètent la communauté internationale, qui a salué le retour progressif à la légalité constitutionnelle depuis l'élection de M. Vaz en mai 2014 dans cette ex-colonie portugaise d'Afrique de l'Ouest jusqu'alors en proie à une instabilité chronique.

L'armée, à l'origine de nombreux coups d'Etat par le passé, s'est engagée à rester neutre, a indiqué fin août le représentant spécial de l'ONU dans le pays Miguel Trovoada, devant le Conseil de Sécurité.

Cette crise ne remet pas en cause le soutien de la communauté internationale à la Guinée-Bissau, en particulier le milliard d'euros promis pour le développement du pays jusqu'en 2020 par une conférence des donateurs en mars à Bruxelles, mais cela pourrait changer si s'installait "un scénario de crises à répétition, sans paix ni stabilité durable", a souligné M. Trovoada.

Le nouveau Premier ministre venait tout juste de parvenir à former un gouvernement, annoncé lundi, grâce à un accord avec le Parti de la rénovation sociale (PRS), deuxième parti au Parlement avec 41 députés sur 102 et le ralliement d'au moins une dizaine de membres du PAIGC.

 

- 'Faire machine arrière' -

 

"Le président de la République vient de m'informer que la Cour suprême avait déclaré inconstitutionnelle ma nomination au Poste de Premier ministre, par conséquent je me retire de mes fonctions.Je vais dans mon bureau pour formaliser ma décision", a déclaré M. Dja aux journalistes à la sortie d'une audience avec le chef de l'Etat.

Auparavant, la Cour suprême avait "déclaré l'inconstitutionnalité" du décret présidentiel de nomination du nouveau Premier ministre le 20 août.

Par huit voix sur douze, les membres de la plus haute juridiction du pays ont estimé que ce décret contrevenait à la Constitution, selon laquelle le poste de Premier ministre revient au chef du parti vainqueur des législatives, lui reprochant en outre l'absence de consultation avec l'ensemble des partis représentés au Parlement sur cette nomination.

Selon des analystes, il incombe désormais au président de consulter les partis politiques, à commencer par le PAIGC, sur la désignation d'un nouveau chef de gouvernement, avec le risque d'impasse si le parti majoritaire continue à exiger le retour de M. Pereira.

"Le Premier ministre n'a d'autre voie que de faire machine arrière, car la décision de la Cour suprême est irréversible", a expliqué à l'AFP un juriste, Me Silvestre Alves.

Le désaccord entre MM.Vaz et Pereira portait notamment sur le choix du futur chef des forces armées, un poste-clé dans ce petit pays qui a longtemps servi de plaque tournante de la drogue d'Amérique latine à destination de l'Europe.

La Guinée-Bissau, qui compte quelque 1,6 million d'habitants, a connu de nombreuses tentatives de coups d'Etat, réussies ou manquées, dans lesquels les militaires ont généralement joué un rôle prépondérant.

Pendant des années, l'instabilité politique et la pauvreté y ont facilité l'implantation de narcotrafiquants, sous la protection présumée de hauts responsables de l'armée.