La grève a terni la réputation du Botswana, riche producteur de diamants

Par La rédaction

GABORONE (Botswana) (AFP)

Les deux mois de grève des travailleurs du secteur public au Botswana ont révélé des failles sociales profondes dans un pays normalement tranquille, entre un gouvernement à la poigne de fer et des travailleurs qui ont rallié l'opposition.

La grève de plus de 90.000 employés, notamment des infirmières et des enseignants, a été rendue possible, pour la première fois, par une loi adoptée l'an dernier qui autorise la négociation collective.Les syndicats avaient été légalisés en 2007 dans ce petit pays de 1,9 million d'habitants dans lequel 47% de la population vit au-dessous du seuil d'extrême pauvreté (un dollar par jour).

Ainsi renforcé, ces syndicats ont décidé, après trois ans de gel des salaires, d'entamer un bras de fer pour exiger une augmentation de 16%.

Le gouvernement a répondu par la fermeté qui n'a fait que renforcer la grève: après une première offre de 5% d'augmentation, il a ramené sa proposition à 3% et, dans le même temps, 3.000 fonctionnaires du secteur de santé ont été licenciés pour n'avoir pas respecté une ordonnance leur intimant de reprendre le travail.

Lundi, alors que la grève avait pris fin, le gouvernement a menacé de licencier les grévistes qui n'auraient pas immédiatement repris le travail, attisant une nouvelle fois la colère des syndicats.

"Notre pays a toujours été considéré comme un modèle de démocratie, comme si tout était rose, mais cette grève a mis au jour le double langage du gouvernement", a déclaré Andrew Motsamai, le secrétaire général de la Fédération des syndicats du secteur public du Botswana.

"Le Botswana ne peut pas être un modèle de démocratie quand les travailleurs sont punis pour avoir demandé ce qui leur est dû", a-t-il ajouté.

Pendant des années, le Botswana, premier producteur mondial de diamants, a été montré comme une réussite africaine mais la grève a terni cette excellente réputation en révélant les tensions.

M. Motsamai affirme que les travailleurs pourraient reprendre la grève.

Le président Ian Khama a martelé que le pays ne pouvait pas se permettre de répondre aux revendications, au motif que l'économie se remettait à peine de la crise financière mondiale.

En 2008, la demande mondiale de diamants a plongé, entraînant l'année suivante un recul de l'économie de 4,9%.le Botswana a repris 7,2% de croissance, en 2010, mais la crise a souligné la dépendance du pays par rapport au secteur diamantaire.

Selon les experts, la production de diamants a déjà atteint son pic et ils prédisent que les gisements seront épuisées dans 20 ans.

Flairant dans le mouvement social une opportunité, les partis d'opposition jusqu'ici divisés, se sont ralliés à la cause des fonctionnaires.

Le chef de l'opposition, Gomolemo Motswaledi, du Mouvement pour la démocratie au Botswana --dissident du Parti démocratique du Botswana au pouvoir-- a salué la volonté de négociation des syndicats face à la ligne dure affichée par le gouvernement.

"Les travailleurs étaient prêts à continuer le mouvement malgré l'impact sur l'économie, mais leurs dirigeants les ont convaincu (de mettre fin à la grève) pour le bien du pays", a indiqué M. Motswaledi, affirmant que les grévistes avaient gagné dans ce combat la sympathie de l'opinion publique.

De son côté, Zibani Maundeni, politologue à l'Université du Botswana, pense qu'il est trop tôt pour savoir si cette recomposition du paysage politique va avoir une incidence sur les prochaines élections en 2014.